À rebours

Lundi 28 janvier 2019, 20h30
♫ Alien Vampires - To die with U

Je fais souvent ça : relire tout ce que j'ai écrit, à rebours. Pas assez cependant, puisque je constate à chaque fois combien je peux me répéter, sans m'en rendre compte ni discerner les motifs sous-jacents.

Je balbutie plus que je ne m'exprime.

J'aime assez, toutefois, en conserver la trace - un passeport pour l'humilité, en un sens. Si je m'estime fort pourvue en ce qu'on appelle l'intelligence intra-personnelle, je n'en suis pas moins, la plupart du temps, incapable d'obtenir une vue d'ensemble. Je ne sais pas prendre de la hauteur. Et j'adore ça.

J'adore voler au ras de mes pâquerettes. Mon narcissisme forcené me semble la seule manière de vivre (l'italique ayant pour but d'insister sur la différence que ça fait avec exister. Exister, c'est le niveau zéro de la conscience de soi, d'après moi, ou alors, c'est tout l'inverse : le seul moyen de passer outre la souffrance. Je n'en suis pas là - je ne suis pas maman.)

♫ Agonoize - Bis das blut gefriert

28 janvier, le moment de faire les premiers comptes ? Je n'en suis pas sûre. L'année dernière à la même date, je me lançais dans un de mes monologues avinés - mais jouissifs, je ne suis pas près de m'en passer.
Je sais juste que j'ai passé un cap. J'avais imaginé mon deuil en étapes accélérées, choc-colère-marchandage-dépression-acceptation, hop ! Alors que ça a été beaucoup plus long, et même pas dans cet ordre. Je repense souvent à ce que dit Aveline dans Dragon Age 2, et que, me semble-t-il, Mu m'avait remis en tête au moment opportun. Elle disait, en substance, ceci : "prenez votre temps. Et si quelqu'un vous dit oh, c'est bon, ça fait un an, envoyez-le chier. C'est votre deuil, personne ne peut vous dicter quand il prendra fin. C'est vous qui décidez quand vous serez prêt."

♫ Hocico - The day the world stopped

La colère a succédé à la dépression - comme à peu près toujours, chez moi. Ou elles ont été concomitantes. Une espèce d'exaltation enfiévrée m'a tenu lieu d'enthousiasme pendant un bon moment, jusqu'à l'anniversaire, après quoi j'ai enfin accepté. De tomber sans sombrer. De regarder sans perdre la vue.
Ouais, c'est ça... La mort m'est une Méduse. Mais quelque chose, ou quelqu'un, m'a "dépétrifiée", et c'est une bonne chose, je crois.

♫ Indochine - Station 13

Je suis ce que je savais.

Une pensée pour toi, Esther.

Il m'arrive encore souvent de ressentir les affres du désenchantement. Plus d'énergie, le doute m'assaille et je m'éteins dans les demi-teintes des aubes avortées. Alors je me souviens des survivants. Je trouve dans leur combat une grâce qui nimbe les contours flous de l'hiver. Les petites victoires des cygnes noirs m'émeuvent bien plus que les clichés lumineux des suffragettes installées dans leurs palais d'argent.
Je ne suis qu'une ombre dans la mare. Si d'autres parviennent à soulever leur carcan de ténèbres, alors je dois pouvoir y arriver. Et, encore une fois, je trouve plus de beauté aux affrontements mineurs des écorchés qu'aux triomphes des bienheureux. Alors je continuerais, volontairement, de boire la tasse en écoutant I was lost without you plutôt que de m'épanouir au soleil.

Catharsis

Vendredi 14 décembre 2018, 22h24
♫ Enya - The Humming

Salut maman,

Je t'avais promis de revenir...  et j'ai mis le temps, je sais, et je sais aussi que tu t'en fous. T'as la patience des océans, maintenant. Le souffle des méditants et la puissance des forces telluriques. J'ai beaucoup photographié et filmé la mer, en novembre. J'ai arrêté quand décembre a posé sa faux sur l'horizon. Tout a pris une teinte blanche et uniforme ; l'hiver s'est coulé dans la lumière.

La douleur s'est apaisée, comme elle était supposée le faire. Pourtant je suis à nouveau ivre, et je sens que je dois te parler, maman. Je n'ai pas encore de nom pour ce qui me consume, ce qui, pour la littéraire que je suis, constitue un problème en soi.
Tu n'es plus là, et cette absurdité ne cesse de me transpercer. L'aller-retour enthousiaste d'une lame maniée avec ironie. La mer m'apaise toujours autant, mais je ne cesse d'y voir rouler des fantômes.

J'ai toujours aussi peur, tu sais, c'est pour ça que je continue de te parler : pour oublier qu'au fond, je ne crois pas que tu m'entendes.

Je t'aime, putain, maman.

J'ai foi en mes convictions, et j'ai foi en les mots. J'ai foi en la force des symboles, et en ma certitude du non-sens. C'est avec toute ma rationalité que je t'invoque. Parce que, maman, si rien n'a de sens, alors tu peux bien me revenir et m'accompagner. Et si je t'espère chevauchant les vagues au son de Storms in Africa, rien, dans ce cas, ne peut l'empêcher d'advenir.

♫ Nachtblut - Antik

J'ai même pas honte de dire à quel point cette chanson a du sens pour moi. J'ai un super bon potentiel midigoth, à la base, parce qu'elle a accompagné ma lecture de Love Street comme Vale of tears avait secondé celle d'Armand le vampire (rien que l'assemblage de ces deux titres est terrifiant de gothitude). Le fait est que Mu écoutait Fairy Tail et s'enquillait les let's play de Bob Lennon. Parce qu'on avait besoin de légèreté, oui, pour autant celle-ci n'était que de façade. Là où vous voyez peut-être du superficiel et du mauvais goût, nous avons puisé des ressources qu'on ne trouve pas, d'après moi, chez les "grands" : ils nous sont par trop étrangers. Aussi éperdument passionnée de tragédies que je sois, je n'y trouve pas la catharsis espérée, ou plutôt, la catharsis ne me libère nullement. Il faut du quotidien, du vécu, ne serait-ce que parce que se dresser face aux dieux, c'est bien beau, mais les dieux n'existent pas. Il faut s'affronter au vide. C'est pour ça que j'aime Antigone, dont je parlais sur le Carnet : ce sont les hommes qu'elle récuse, pas les dieux. Les artistes "mineurs" peuvent le faire avec moins de mots, mais autant, voire plus, d'enthousiasme, de colère ou d'innocence. Se révolter, quand on est un intellectuel reconnu, c'est facile : tout le monde est d'accord avec vous.

Mer(e) et terre

Jeudi 13 décembre 2018, toujours, il est 23h20.
♫ Midnight Oil - The dead heart, after Liquido -  Narcotic

1. Il est à noter que j'aime les musiques qui me rendent heureuse, et beaucoup moins celles qui m'enfoncent la tête sous l'eau.

2. Ma sœur n'est pas mon âme sœur. Elle est ma sœur dans le sens le plus fort, le plus mythologique du terme. Amies, ennemies - jamais -, nous sommes reliées. Si tu t'approches de trop près et que je ne te sens pas, gare aux griffes. Qu'on ait douze ou cent ans, ça ne change pas.

She crazy like in every single way
Like a hurricane
You gotta get out of the way
But she's hot, and she's cold
And she's cool and she's bold
And she's full of rage like me

Lana Del Ray, Noir

3. Les rouleaux sur la plage à Saint Quay.
Comme si le ciel se dévidait dans l'écume. Il faisait froid et gris. J'étais seule au bord de mer.