Everything sucks ! (bis)

Mercredi 6 février 2019, 22h18
♫ Ace of Base - Beautiful life

C'est la deuxième fois que je mate cette série, et ma connaissance du déroulé de l'intrigue n'a en rien entaché les émotions qu'elle me procure... J'ai pleuré et pleuré !
Les personnages, les situations, sont si justes... Et puis il n'y a que dix épisodes, donc aucun arc n'est jamais ruiné par des longueurs.
J'ai juste arrêté à 2min43 de la fin, parce que le cliffhanger ne sera jamais résolu par une deuxième saison, et parce qu'il gâche tout ce qui avait été achevé.

Elles sont si belles, Emaline et Kate. Il est tellement, tellement attachant, Ken Messner... Je suis tellement touchée par les thématiques abordées par son histoire que chaque geste, chaque sourire, chacune de ses maladresses me bouleversent. Peut-être encore plus cette fois que la première, maintenant que je sais ce que cachaient son hésitation et l'introversion de sa fille.

Je dis que j'ai pleuré : je devrais préciser que cette série n'est jamais tragique. Elle communique un enthousiasme désarmant. Tout s'y enchaîne avec une justesse, un sens du rythme qui tantôt désamorce le drame - sans jamais l'occulter -, tantôt rappelle combien la joie peut être mélancolique.

Je ne comprends tellement pas qu'elle n'ait pas été renouvelée. Et en même temps, c'est ce qui en fait la saveur. Je la comparais à un berlingot, et c'est exactement ça : doux, parfait, et éphémère - c'est ce qui en fait la saveur. Alors je la regarderai probablement encore, dans six mois :)

Spirale


Mercredi 6 février 2019, 15h36
Techno







Aujourd'hui, je me suis habillée. Ouais bah rigolez pas, c'est la première fois depuis dimanche (et je viens de le faire, là, à quinze heures). J'ai coupé les étiquettes des fringues de mi-saison que j'ai achetées la semaine dernière et qui ne vont pas du tout avec le temps - ni même avec la température dans ma maison, où je suis calfeutrée. M'en fous, j'avais envie d'être jolie, et aussi de porter les talons que j'ai acquis l'année dernière, mais jamais mis. Et si je ne suis pas d'humeur jean slim - chaussons montants, c'est parce que ça a été mon uniforme depuis le début de l'hiver et que l'hiver, ben j'en ai marre.

Ça fait quatre ans, si je ne me trompe pas, que je suis malade en hiver. Je sais que vous allez rétorquer "moui... comme tout le monde..." et vous aurez parfaitement raison. Mais ce que je veux dire, c'est que ça fait quatre années d'affilée que mon médecin me prescrit un arrêt de travail de plusieurs jours - là, je suis enfermée pour la semaine - et que ça me fait culpabiliser.

Parce que je sais très bien que c'est pas si grave, et qu'au fond, je pourrais sans doute aller travailler. Bon, ptet pas lundi ni mardi, ni ce matin d'ailleurs, parce que j'avais de la fièvre en me levant et que ça me transporte tellement à l'ouest que je doute que ça soit raisonnable de conduire. Je sais très bien que je suis crevée, aussi. Mais pas assez pour zapper la bière passées 18h. Et j'crois que mes collègues vont bosser dans des états pires que le mien. Et surtout, je crois que ma lassitude mentale est bien plus prégnante que ma grippe.

J'ai seize semaines de congé par an. Peu ou prou (vu qu'un mois compte un peu plus de quatre semaines.) Et je trouve quand même le moyen de me mettre en arrêt juste avant celles de février. C'est pas moi qui l'ai demandé, hein, le médecin a proposé de son propre chef. J'ai même répondu que ça me semblait exagéré, et puis j'ai pensé aux collègues à qui ça allait donner un surplus de boulot. Mais il a fait "mbof" en haussant les épaules, alors je me suis laissée convaincre, parce que j'en avais très envie.

Le truc, je crois, c'est que ma dépression larvée et moi, on supporte pas bien l'hiver. J'emploie le mot dépression à défaut d'un autre, car même si je l'ai frôlée une partie de mon adolescence et à plusieurs reprises dans ma vingtaine, je n'en suis plus là. Je devrais peut-être dire ma fragilité, ou ma lâcheté, qui sait.

En tout cas, j'ai pris un retard monstrueux sur mes copies, je n'avais plus d'énergie, et je me sentais dépassée. Au moment où je vous écris, tout ce dont je me sens capable, c'est de raconter ma vie ou de lire. Je n'arrive pas à me concentrer suffisamment pour faire autre chose, et je sais pas si c'est un cercle vicieux, peut-être que si j'essayais je parviendrais à préparer un cours.

J'ai vraiment essayé de mieux m'organiser, cette année, et j'ai en partie réussi. Mais ça n'était pas suffisant, parce que j'ai plus de niveaux que l'an dernier, et beaucoup plus d'heures de cours, aussi, et du coup il faudrait que je fasse preuve d'une rigueur dont je suis incapable, du moins sur le long terme.
Du coup, j'ai parfois l'impression que mes journées finissent par ressembler à une lente noyade. Je parviens à garder la tête hors de l'eau, mais je croule sous le retard accumulé. Je me retrouve à donner des éval' alors que j'ai pas corrigées celles d'il y a deux voire trois semaines (voire plus...) et à ficeler une séance à la va-vite parce que j'ai rien de prêt.
Et je sais que c'est un problème d'organisation et de motivation, parce que j'ai rien foutu le week-end précédent. J'ai laissé traîner mes copies parce que j'ai horreur de ça, j'ai joué dix heures à DAI plutôt que d'affronter mes responsabilités.

Je tiens à préciser que ça ne rend pas mes journées horribles. Je vois bien que ça sonne comme ça, mais par ailleurs j'adore donner des cours. Je suis toujours super contente de voir mes quatrièmes et mes cinquièmes et a priori ils sont plutôt contents de me voir. J'éprouve plus de réticences avec les 3e parce qu'ils sont chiants et pas très intéressants dans l'ensemble, et je déteste aller en 6e parce que je n'assure que la partie "apprentissage de la langue" et que, sans lien avec le reste de ce qui fait ma matière, je trouve ça inintéressant (et ils sont aussi méga chiants !)

Le problème avec moi, c'est que j'ai tendance à me noyer avant même d'avoir foutu plus que les orteils dans l'eau. Faut pas m'en demander trop à la fois, sinon je panique avant même d'avoir commencé, et je fais l'autruche (elles ont raison, les autruches : si tu ne vois pas ce qui te fait peur, ça cesse d'exister... pour un temps).
Pour moi par exemple, avoir des 3e, qui doivent donc passer le brevet, pour la première fois et être prof principale, ça fait trop. J'ai pourtant pas grand-chose à faire, avec ma classe de 5e, mais la responsabilité que ça représente tout de même s'amplifie dans ma tête.

J'aime pas qu'on me demande d'être responsable et rigoureuse, en fait, parce que je suis tout l'inverse - j'ai conscience que c'est pathétique, hein. J'arrive à faire semblant d'être une adulte, mais en vrai, j'ai jamais cessé d'être une petite fille dépendante, paresseuse et apeurée. Je ne sais en faire qu'à ma tête.

À rebours

Lundi 28 janvier 2019, 20h30
♫ Alien Vampires - To die with U

Je fais souvent ça : relire tout ce que j'ai écrit, à rebours. Pas assez cependant, puisque je constate à chaque fois combien je peux me répéter, sans m'en rendre compte ni discerner les motifs sous-jacents.

Je balbutie plus que je ne m'exprime.

J'aime assez, toutefois, en conserver la trace - un passeport pour l'humilité, en un sens. Si je m'estime fort pourvue en ce qu'on appelle l'intelligence intra-personnelle, je n'en suis pas moins, la plupart du temps, incapable d'obtenir une vue d'ensemble. Je ne sais pas prendre de la hauteur. Et j'adore ça.

J'adore voler au ras de mes pâquerettes. Mon narcissisme forcené me semble la seule manière de vivre (l'italique ayant pour but d'insister sur la différence que ça fait avec exister. Exister, c'est le niveau zéro de la conscience de soi, d'après moi, ou alors, c'est tout l'inverse : le seul moyen de passer outre la souffrance. Je n'en suis pas là - je ne suis pas maman.)

♫ Agonoize - Bis das blut gefriert

28 janvier, le moment de faire les premiers comptes ? Je n'en suis pas sûre. L'année dernière à la même date, je me lançais dans un de mes monologues avinés - mais jouissifs, je ne suis pas près de m'en passer.
Je sais juste que j'ai passé un cap. J'avais imaginé mon deuil en étapes accélérées, choc-colère-marchandage-dépression-acceptation, hop ! Alors que ça a été beaucoup plus long, et même pas dans cet ordre. Je repense souvent à ce que dit Aveline dans Dragon Age 2, et que, me semble-t-il, Mu m'avait remis en tête au moment opportun. Elle disait, en substance, ceci : "prenez votre temps. Et si quelqu'un vous dit oh, c'est bon, ça fait un an, envoyez-le chier. C'est votre deuil, personne ne peut vous dicter quand il prendra fin. C'est vous qui décidez quand vous serez prêt."

♫ Hocico - The day the world stopped

La colère a succédé à la dépression - comme à peu près toujours, chez moi. Ou elles ont été concomitantes. Une espèce d'exaltation enfiévrée m'a tenu lieu d'enthousiasme pendant un bon moment, jusqu'à l'anniversaire, après quoi j'ai enfin accepté. De tomber sans sombrer. De regarder sans perdre la vue.
Ouais, c'est ça... La mort m'est une Méduse. Mais quelque chose, ou quelqu'un, m'a "dépétrifiée", et c'est une bonne chose, je crois.

♫ Indochine - Station 13

Je suis ce que je savais.

Une pensée pour toi, Esther.

Il m'arrive encore souvent de ressentir les affres du désenchantement. Plus d'énergie, le doute m'assaille et je m'éteins dans les demi-teintes des aubes avortées. Alors je me souviens des survivants. Je trouve dans leur combat une grâce qui nimbe les contours flous de l'hiver. Les petites victoires des cygnes noirs m'émeuvent bien plus que les clichés lumineux des suffragettes installées dans leurs palais d'argent.
Je ne suis qu'une ombre dans la mare. Si d'autres parviennent à soulever leur carcan de ténèbres, alors je dois pouvoir y arriver. Et, encore une fois, je trouve plus de beauté aux affrontements mineurs des écorchés qu'aux triomphes des bienheureux. Alors je continuerais, volontairement, de boire la tasse en écoutant I was lost without you plutôt que de m'épanouir au soleil.