Trop-plein

Mardi 6 février 2018
22h33

Fact : les féministes nous font chier pour qu’on « féminise » la grammaire. Question : quand les Amerloques disent « her » en parlant de leur voiture, c’est positif, du coup ?

*

23h04

J’ai fait des progrès. Pas forcément dans le sens social du terme. Aujourd’hui, ma collègue m’a encore raconté sa vie. Je vois bien qu’elle a besoin d’attention. Mais l’envers du décor, c’est qu’elle n’accorde son attention à personne.

J’admets évidemment ça de mes élèves parce qu’ils ont treize ans en moyenne. Ma collègue, qui me laisse rarement la place de parler… Non. Je suis désolée, Béatrice, que tu éprouves le besoin de te vanter d’avoir été interviewée par des sixièmes, et que tu en profites pour me redire à moi ce que tu leur as raconté. Mais t’as pas douze ans, et quand j’essaie de dire quelque chose, tu m’envoies chier parce que t’es pas d’humeur. Alors… Va te faire voir.
Je l’ai pas dit, hein. J’ai opiné du chef et c’est impossible qu’elle n’ait pas vu que je voulais m’en débarrasser. Quoi que…

J’estime que c’est un progrès parce que y’a quelques semaines j’aurais culpabilisé.

*

Je sais que je suis pas juste avec les féministes. Mais JE SUIS une femme. Qu’elles considèrent mon avis comme « lamentable » me place instantanément du côté des hommes. Si les chantres de « notre » condition me condamnent parce que je suis ne suis pas comme elles, qu’est-ce qu’il reste ?

Parmi nous, y’a des putes des lolitas des meufs qui refusent d’être mères, des quarantenaires qui se coupent les cheveux à la garçonne des voilées des pondeuses des allumeuses des gamines, des racistes des scientifiques des rêveuses des littéraires des punks des pochetronnes des madones et des iels. Pour ma part, et je suis pas, je pense, la seule, j’ai un cerveau en état de marche. Aussi, j’ai du mal à admettre qu’on veuille m’inculquer quoi que ce soit. La Tribune du Monde, avec Deneuve, j’étais d’accord avec. Si vous pensez que traiter mes semblables de connes affligeantes va faire progresser votre message, venez prendre quelques cours de pédagogie.

J’en ai ras-le-bol qu’on estime penser mieux que moi. Dans ce cas de figure, féministes et macho-men, même combat.

Mais foutez-moi la paix, bordel. Parce que vous ne vous entourez que de connards à qui vous donnez raison, moi j’ai tort parce que je ne les connais pas. Eh bah, j’sais pas, essayez de changer la donne. Essayez d’échapper à votre vie, bon dieu. Les mecs dont vous parlez, je les vois pas. Je ne dis pas qu’ils n’existent pas. Juste que vous glorifiez chaque jour leur pouvoir en parlant de leur société patriarcale. Putain, l’envergure que vous leur donnez, à ces pauvres mecs dépassés, persuadés de leur supériorité sur les femmes, mais aussi sur les gays les désaxés les drogués & co. !

On est vachement plus nombreux qu’eux, et rien ne nous oblige à les écouter. J’en ai soupé des pauvres victimes. Le pire, c’est que les rares femmes qui ont osé s’exprimer contre les hashtag weinstein & metoo se sont fait laminer. Comme si c’étaient pas de vraies femmes et/ou qu’elles avaient trahi leurs consœurs. Hey ! C’est des gonzesses aussi. Elles ont autant de légitimité que les autres à parler. Et quand elles disent « ça fait dix ans qu’on sait que c’est un porc », pardon mais elles ont probablement raison. Comme la fille à Allen : dix ans qu’elle essaie de se faire entendre. Et qui l’a envoyée chier ? Des femmes. Elles ont beau jeu de l’inclure dans leurs révoltes, maintenant. Dix ans qu’elles acceptent toutes de tourner avec le mec hype des Inrocks et Télérama. Dix ans qu’elles se foutent de la poire d’une meuf qu’elles érigent maintenant en égérie. Trop crédible. À peu près autant que les mecs qui ont soit-disant grandi avec une console entre les mains alors qu’ils harcelaient les geeks au collège.

Et qu’on vienne pas me dire que je suis pas du côté des victimes. Je l’ai toujours été. J’en suis une. Mais je crois pas que ce soit leur rendre service que de leur maintenir la tête sous l’eau. Je dis pas non plus qu’on peut se remettre de ses traumatismes. Certainement pas. Mais c’est pas une meuf qui s’est fait siffler dans la rue qui va m’apprendre que la life est trop difficile. Pauvre petit cœur. C’est pas parce que t’as de la thune que t’es pas dépressif. Non. Mais un poil d’humilité, ça fait pas de mal. T’es pas obligé d’étaler tes problèmes en place publique comme si t’étais le seul à en avoir, et si tu penses que c’est pour bâtir un monde meilleur, laisse-moi te dire : on va continuer de souffrir. Et désolée si je suis condescendante. On est né avec une conscience, alors oui, on va morfler. On va pas éradiquer le malheur. C’est triste ? Sans doute.

J’aimerais juste que les gens arrêtent de se prendre pour le centre du monde. Qu’ils cessent de monter au créneau chaque fois que le monde ne leur ressemble pas.

C’est ce que je suis en train de faire ?

Ah bon ? À part sur mon blog ? Quand est-ce que j’ai ouvert ma gueule pour faire savoir à Machin que je le trouvais trop con ?

Jamais. J’ai écouté ou contourné. Je me suis bouché les oreilles. J’ai tenu ma langue. Juste, s’il vous plaît, arrêtez de parler.

Sister (suivi de : Nouvelles Divagations Éthyliques.)

Samedi 3 février, 23h38
♫ Cyborg Attack – Bloody Truth


J’ai perdu des amis en cours de route. Julia, évidemment, et avec elle, Élise. Et puis Anne-Lise, sans que je sache vraiment pourquoi, tout en étant consciente de mes manquements – qui suffisent, sans doute, à expliquer sa défection. Ludo. Arthur, dont je crois comprendre – mais c’est arrogant – qu’il tenait trop à moi pour me voir comme juste une meuf à qui parler. (Et Cécile, et Amélie, et Clémentine, et Émilie... mais… dans une moindre mesure.)

Et c’est tout, parce qu’il y a jamais eu trente-six personnes à qui je tenais. Les gens sont opaques. On sait jamais s’ils veulent une béquille ou s’ils tiennent à vous.

Géraldine est retournée à l’HP. Je tiens à elle ! Mais je sais pas comment je pourrais l’aider. Alors je m’éloigne. Je suis comme les gens : je me préserve quand le bénéfice est trop mince. J’en veux à personne. Parfois, je suis triste parce que je me sens seule, mais j’en veux à personne.

Mais j’ai une sœur. Du genre avec qui j’ai pas eu besoin d’échanger le sang qui coulait de ma paume au milieu d’un cimetière (j’ai fait ça avec Anne-Lise, c’est con que ça n’ait servi à rien. C’est naze, les pactes non avenus.)

Ma sœur et moi, on a jamais eu besoin de s’allonger sur des tombes au milieu de la nuit pour se jurer fidélité, parce qu’il se trouve que chez nous, « frangines », ça a vraiment un sens. Si tu la touches, je te marave ta gueule, qu’importe si au fond t’as raison.

Ma sœur, c’est pas du tout moi. Elle a des milliards de défauts, je vous jure ; parfois j’ai envie de l’étrangler. Mais j’suis la seule à en avoir le droit. Les gens, souvent, expliquent ce genre de complicité *qu’ils envient probablement sans la comprendre* par les événements qui l’auraient créée. J’en crois pas un mot. Pour citer France Gall – enfin, Michel Berger – (hey ! c’est de circonstances !) : « Si tu l’as, tu l’as ! »



Ma sœur et moi, on se disputera pas l’héritage sur le cadavre de nos parents. Oh ! On va s’engueuler à un moment, j’en doute pas – on l’a déjà fait des centaines de fois. Mais elle et moi, c’est une histoire de veines mêlées.

« Qu’est-ce que c’est les histoires ? » demandait machin dans La Théorie des Balls. Y’a pas d’histoires. Mu a décroché le téléphone ce jour-là et assumé le reste. Y’a des années de ça, elle a fait l’adulte pendant que je me vautrais dans le fauteuil du médecin qui m’exaspérait tant – il a cru qu’elle était l’aînée. Et la prochaine fois qu’elle fait de la merde, je le lui dirai, parce que chuis incapable de faire autrement. Et c’est comme ça, c’est notre dynamique, et la seule à pouvoir me le reprocher, c’est elle.
J’dis pas que c’est bien, mais si quelqu’un doit me le faire remarquer, c’est elle.
(ou mon homme, parce qu’il sait)

Ma sœur m’a dit un jour qu’elle m’avait perdue. Même avec le recul, je ne pense pas que quiconque aurait pu me sortir de la merde comme elle l’a fait ce jour-là, et c’est probablement dû au fait qu’elle l’a pas fait exprès. Je veux dire par là qu’il n’y avait pas de jugement, pas vraiment, y’avait juste la déception, mais c’était comme ça. Elle m’a pas fait la morale. Elle a constaté que j’étais partie. Donc je suis revenue. Ma sœur elle peut faire ça, et c’est pas donné à tout le monde, et ça marchera pas sur vous (pardon, frangine. Évidemment qu’il y a des gens sur qui ça marchera, et ceux-là, t’as intérêt à les garder précieusement. Parce que si on passe notre temps à écouter l’avis des autres, il faut conserver ceux parmi eux qui entendent le nôtre.)

*

♫ Lacrimas Profundere – Solicitude, silence

Tu vois, c’est ce genre de morceau qui me fait sortir de mes gonds. Au sens où ça me libère. Je suis contente que ce soit un titre que j’ai aimé y’a quinze ans. J’aime que certaines choses ne changent pas. L’histoire des symboles qui parlent à notre place. Là où ma voix s’éteint, l’art maintient le lien. J’aime entendre des gens hurler quand je suis juste capable de vociférer.

♫ Nachtblut – Antik

Je serai en vie au milieu des cadavres. Je suis en vie au milieu des cadavres. Il est tard : ils dorment.
Je suis toute seule au milieu de la ville endormie, et je danse (comme Fenris ! Personne ne me voit jamais danser, mais je le fais… c’est à la fois mystérieux et joli, non ? ;))

Y’a de la fumée partout, et l’air de dehors qui se mêle au tabac râpeux. Les fantômes s’engouffrent par la fenêtre ouverte. C’est dommage, que j’aie besoin de l’ivresse pour me sentir vivante. Non ?
Je ne suis pas en état d’en juger. Je suis forte, je suis heureuse. La mélodie monte staccato, comme j’aime. J’ai envie d’ouvrir les bras, même au moment où la voix se tait et où les violons sirupeux prennent le relai, parce que j’aime quand c’est mielleux, quand la musique me confirme que la vie est épique-tragique-et-incroyablement belle.

Tu fais chier, maman. Tu sais qu’heureusement que tu m’as donné une sœur, parce que sinon je t’en voudrais à mort (super, l’expression !) Heureusement qu’elle te traduit. Tu voulais pas qu’on se recueille sur ta tombe ? Mais t’es même plus là ! Qu’est-ce que ça peut te faire ? Pourquoi tu m’as rien laissé ?

Je sais bien, que tu pensais n’avoir rien à donner. Tu croyais que disparaître solutionnerait tout. Mais à d’autres, putain !

J’avais une mère à qui je tenais, et comme j’ai pas su le lui montrer, elle s’est éteinte sans rien me laisser. Elle croyait être un poids – elle l’était, putain, elle m’a putain d’emmerdée - et du coup, elle a préféré disparaître. Fait chier. Tu fais chier, maman. Où je vais ? À qui je me confie aux heures indues ? À une bague ayant appartenu à mamie, et à ton collier ? Je suis certes fétichiste, mais quand même. Elles sont où, vos tombes ? À quels spectres puis-je parler ? Où dois-je me recueillir ? Tu savais, pourtant, que j’avais besoin d’ancrages !
Tu savais sans doute pas. Merde !

Mon père et ma sœur, ils savent se confier à l’abîme. L’un rationalise, l’autre accepte. Moi je fais ni l’un ni l’autre. J’essaie, je vous jure. Mais quand je regarde l’océan, je me souviens qu’on n’y a même pas balancé ses cendres. Ils sont d’accord pour le faire, c’est prévu et tout, c’est pas une cabale que je lance. Enfin si, mais contre maman. Tu voulais pas qu’on se recueille sur ta tombe. Mais t’avais des filles, bordel ! Qu’elle ait pas pensé qu’on puisse vouloir le faire me terrifie. Ma mère n’envisageait pas que son existence ait du sens pour qui que ce soit. Elle voulait qu’on l’oublie, qu’on fasse comme si elle avait jamais existé. C’était ma mère, putain. Comment je pourrais faire comme si elle avait pas existé ?

Et mes collègues qui continuent de balancer les détails de leur life sans se soucier de la mienne. J’ai survécu à un putain de tsunami, et personne ne me demande comment je vais.

C’est pas vrai. Du tout. Ma sœur mon mec Valérie les amis. Ils sont là. Pourquoi tu veux toujours que le monde entier reflète ta peine ?

Parce que ! Le monde entier, je l’ai haï puis intégré, et il continue d’en avoir rien à foutre.

Je suis tellement en colère, maman. Et toi tu le savais. Tu m’as toujours couverte, auprès de papa, notamment. Je séchais le sport en prétextant que j’avais mal au ventre, et tu me signais un mot sans sourciller et même, en m’approuvant. Pourtant, t’étais une bonne basketteuse, si mes souvenirs sont bons ;) Tu faisais preuve d’empathie, tout le temps, même pour des gens moins malheureux que toi. Dieu sait que t’étais chiante, mais pour ce qui était de plaindre tes contemporains, t’étais la première !

Aujourd’hui, je me sens obligée d’expliquer aux gens que « handicapé », c’est pas une insulte, c’est un fait. Tu me manques, bordel. J’arrive toujours pas à y croire, parce que j’avais jamais enterré personne à qui je tienne. Je savais que les gens mouraient, mais j’étais toujours passée au travers. J’ai dit adieu à des gens que je respectais, mais c’était pas comme ma mère. J’ai déjà pleuré devant des cercueils, mais c’était plus ma terreur de la mort qui parlait qu’une véritable peine. Et même si tu m’avais avertie – ton état il y a un an ne laissait que peu de place au doute – il n’empêche que je l’avais pas vu venir. Parce qu’on s’imagine pas mourir, pas plus que nos proches.

Au fond, j’ai toujours cru aux fantômes. Que t’ais choisi d’être réduite en cendres me perturbe plus que de raison. J’ai l’impression que tu peux plus être nulle-part et même si je sais que c’est ton choix, ça m’angoisse. Quand la télé ou la radio font des leurs à la maison, je peine à croire que c’est toi qui fait chier jusqu’au bout, alors que ça devrait être toi, bordel. Tu tenais tellement à disparaître que t’as réussi. C’est pas donné à tout le monde, félicitations !

Je sais pas ce qui me maintient debout (à cette heure-ci, je veux dire (il est 2h00)). Les fantômes, peut-être :)
J’veux pas domir - 6 heures, mon idéal, c'est d'aimer avec horreur (Mylène Farmer – Effets secondaires)

Ma sœur et moi, on a aimé Mylène Farmer à la folie. Elle s’en est détachée plus facilement que moi, peut-être parce qu’elle est plus forte, ou c’est le contraire. J’en sais rien. N’empêche qu’elle est la seule à savoir pourquoi je regarde de vieux clips à deux heures du mat’, y compris des trucs relativement récents comme L’amour c’est rien.
Je pourrais jamais vraiment en vouloir à la meuf qui a écrit Désenchantée.

Le post méga-foutoir du samedi soir (clairement, alcool inside)

Samedi 27 janvier 2018, 21h54
♫ Natchblut – Antik

Cette mélodie est clairement devenue obsessionnelle, et c’est pas grave. Je prends tout ce qui réveille mes amis et ma personnalité imaginaires, parce que c’est comme se vautrer au creux d’un lit profond, sous des montagnes de couverture et un oreiller abyssal.

Quand j’aime une chanson, généralement, je l’imagine jouée par mon groupe favori qui n’existe pas. Y’a rien de plus sexy qu’un chanteur. Probablement parce que les mots sont mon-arme-mon-amour-ma-démission – parfois. Parce que savoir les scander est tout ce qui me manque, quand je m’étouffe entre les méandres des voyelles et m’asphyxie sous les consonnes non dites. Parce que je devrais savoir hurler, et que je ne sais que gronder.

Il ressemble à Mick Murphy (??? Franchement je ne saurais dire qui jouait dans My Ruin à l’époque, et Google Images ne lui rend pas hommage si c’est bien lui) période A Prayer Under Pressure of Violent Anguish (en revanche sur cette couv’ c’est lui – le mec dont je rêve depuis dix ans, je veux dire – mon dieu ce qu’il est charmant, je te jure je le boufferais), mais clairement dans ma tête c’est Steve (dans Âmes perdues, donc, mais ai-je encore besoin de le préciser ?) Ses tatouages courent le long de ses veines comme le lyrium sur les bras de Fenris (mais en noir, hein. Un tatouage se doit d’être fait à l’encre noire). Si c’est pas lui qui chante, alors c’est son amant-mon-alter-ego-M, qui m’est apparu un jour en rêve et dont je suis instantanément tombée amoureuse. Il avait les yeux beaucoup trop clairs, un nez juif (pardon pour le raccourci mais juste j’adore les nez crochus à la JJ Goldman), le teint excessivement pâle (vampire lover forever) et un long manteau de cuir Matrix-style.

Je les ai tellement aimés que j’en ai fait le couple mythique de mes rêveries à côté du monde. Mes Ghost & Steve à moi, version cheveux noirs. Ce qu’il y a de cool quand t’as un monde imaginaire dans ta tête, c’est que tu peux incarner tour à tour chacun de ses protagonistes. Moi, je me partage généralement entre deux M., mais les faiblesses des uns et des autres abritent chacune un morceau inadmissible de moi.

Quand je suis fatiguée/éthérée, j’ai normalement toujours un alter-ego à qui transférer cet état de fait, et alors je deviens M. et je lui tiens la main et je me sens mieux, de savoir que je peux m’appuyer sur quelqu’un et que je suis en même temps le quelqu’un solide et bienveillant à qui refiler le mal.

Quand j’y pense, je comprends mieux pourquoi j’ai jamais fait partie du club select des TS que j’ai toujours tant admiré (les suicidés m’émeuvent, mais ceux qui s’en sortent et recommencent,  encore plus – ce qui est très con j’imagine : sans doute ils essaient de se faire remarquer, et moi je tombe dans le panneau). Quand je vais vraiment pas bien, je commence par tuer un type-dans-ma-tête. Et c’est insupportable. Je peux déjà pas envisager la mort d’un personnage imaginaire, alors imaginez la mienne.

Ça fait presque une heure et demie que j’écoute la même chanson. Je ne sais pas combien de fois ça fait, mais ça éclaire probablement le temps passé à écouter Delirio Assessino. Ça m’a tout l’air d’une malédiction, quand j’y pense : si je suis capable de tourner en boucle comme ça, je dois aussi le faire sur les trucs pas cools. J’ai fait ça ? Vous savez quoi, je crois même pas. En réalité, je suis la meuf tellement romanti-conne que j’ai passé plus de temps à croire que ma vie ressemblerait un jour à mes délires qu’à penser crever parce qu’il était évident que ça ne serait pas le cas.

Avant-hier, lors de ma (quatrième ?) partie de DAI, j’ai été très déçue. Au moment de créer la game, je ne pouvais pas me connecter, ce qui fait que le jeu s’est lancé sur les paramètres standards et non sur mon contexte mondial tel que je l’avais joué dans les DA précédents. Donc, quand l’Inquisiteur a rencontré Hawke, pas moyen de personnaliser ce dernier – première déception : je peux pas entendre cette voix dans la gorge d’un barbu typiquement viril. Je lui demande donc « Vous avez connu Anders. Comment était-il ? » Et l’imposteur de me répondre : « Anders a-t-il réellement existé ? À la fin, il ne restait rien de lui... »

Comme j’étais dépitée !! À la fin de DA2, Anders est toujours Anders. Un idéaliste, un désespéré, un terroriste. Je constate avec désappointement que la plupart des fans de DA n’entendent pas ce personnage, et comme j’en suis amoureuse, je suis très triste. Même un jeu que j’aime du plus profond de mes tripes me rappelle que je suis une étrangère.
Un jour je vous raconterai pourquoi j’aime tant ce jeu, et Anders & Hawke en particulier. Probablement qu’il vous faudra lire ma fanfic pour ça :)

Toujours est-il que la première fois que j’ai fini Dragon Age 2 et donc débloqué le succès « Romantisme », j’étais fière comme Artaban (L'Artaban qui a donné lieu au dicton : « fier comme Artaban », est un héros purement imaginaire du roman Cléopâtre de La Calprenède – source : Wikipédia – vous saviez ça, vous ? Ben moi, absolument pas !) Parce que Anders, il m’avait donné du fil à retordre. J’ai passé tout l’acte III dans un état proche de l’Ohio (pardon). Ah, faut que j’explique, excusez-moi :


On dirait franchement moi, à remuer les épaules au lieu de danser… Et je parle même pas des chaussettes (ni de la rime qui va avec)...

Breeeeef. Anders, je l’aime tellement que – spoiler alert – je suis prête à lui donner un scène avec Fenris, juste parce qu’il me semble évident que n’importe qui devrait succomber à son charisme à un moment. J’aime autant sa colère inexorable que sa naïveté (ah bon ? Je suis sexy ? Je ne m’en étais pas rendu compte…)

Franchement, j’ai arrêté de compter le temps que j’avais passé dans un jeu (enfin… dans ce jeu) plutôt que dans la « vraie vie ». À quoi bon ?

J’ai essayé. J’ai entendu les arguments. T’exagères, tout le monde passe par là, c’est la vie. Personne m’a donné de raison de pas les conspuer. Donc, comme j’ai pas du tout envie de mourir, j’ai pas eu d’autre choix que de m’inventer un monde imaginaire. Ou plutôt, vu que je vis à mi-temps dans ce monde depuis mes onze ans, j’ai pas eu d’autre choix que de m’y réfugier de manière permanente.

00h10
♫ Amduscia – Delirio Assessino
Allez ! Tant qu’à faire…

Du coup, cette année est reposante. Je vais en cours une à deux heures par jours (deux heures et demie, plus le trajet : on a des cours d’une heure et quart, chez moi). Le reste du temps, je vis dans ma tête. J’écris mon mémoire, et je pense à S. Je fais les courses en tenant un frangin imaginaire par la main. Je me couche en hurlant par la bouche de fiancés fantasmagoriques. Je me sens bien.
Je sais pas ce que ça donnera quand je serai obligée de reprendre un taf à plein temps, chose dont j’ai envie, en plus. Peut-être qu’Audrey, qui du haut de ses douze ans m’a annoncé qu’elle adorait ma voix, sera perturbée d’entendre celle de M., qui sait ? Je vais peut-être un jour faire mieux que Scott Landon amener Naya’Lune dans la réalité ? (Audrey trouve que j’écris trop bien et que ma voix est fascinante – je vous jure que les gosses aujourd’hui n’ont aucune limite).


Je vois pas bien comment j’ai tenu sans alcool pendant mes « jeunes » années. Entendre par là que ça fait belle lurette que je picole, mais que je me suis tenue à carreau jusqu’à mes dix-huit ans.

01h18

Je comprends fort bien l’envie de se répandre sur le pavé, mais j’y adhère pas parce que, franchement, ce serait du gâchis. Autant être là pour voir le résultat, vous croyez pas ? En tout cas, moi, j’ai une haute conscience de moi-même, et ça me ferait chier que le monde continue de tourner sans plus se soucier de moi. C’est pour ça que, contrairement à kreestal et Height, je ne vois aucun inconvénient à me taillader joyeusement les poignets pour ensuite les brandir à la face d’autrui. Enfin, je ne voyais – je fais plus ça, aujourd'hui. Mais, tant qu’à faire, je plussoie. Mon but, c’est que, à terme, tout le monde se prenne une claque dans la gueule. J’aurais bien aimé dire quand je crèverai pour de bon, mais ça, ça marchera pas. Les gens s’arrêteront deux secondes et puis zapperont, parce que ça arrive tous les jours. Je vais pas débattre sur ça – je fais pareil, question de survie. C’est le paradoxe : « regaaaarde ! J’ai mal ! » versus « ouais eh ben ? T’es pas tout seul ! » Je m’en fous, des gens qui claquent tout seuls sur des rails qui ne mènent nulle-part. Z’avaient qu’à s’inventer une vie, plutôt que de compter sur le soutien des débiles qui les suivent sur Touiteur. Sérieusement, tu comptais survivre dans ce monde-là ? T’as pensé que c’était ça que tu voulais ? J’ai aucune pitié pour les laissés-pour-compte des réseaux sociaux. Ce sont les mêmes qui se croyaient malins quand j’avais dix-sept ans. Je pouvais pas les saquer, eux et leur amour niais de la société. SI j’avais clamsé à cette époque-là, ils m’auraient enterrée en moins de deux, parce qu’ils savaient que je fittais pas et que d’après eux, c’était moi l’erreur. Alors ceux qui crèvent aujourd'hui de n’avoir pas atteint la popularité espérée…

Nan mais vraiment, je devrais m’en soucier ? Des imbéciles que les cours de philo laissaient froids ? Des gens qui me disaient « bizarre » parce que je portais du faux cuir sous un sweat Nirvana ? (summum du mauvais goût, je suis entièrement d’accord) De la horde de fumeurs de joints intéressés par que dalle à part leurs soirées beuh-bière ?

Ils en avaient rien à foutre de l’école, me prenaient pour une conne du haut de leurs dix-huit ans dont ils voyaient pas que vingt milliards d’êtres humains les avaient déjà fêtés…. Ils croyaient tout savoir, et ils ont fait des gosses, et ont rangé leurs bangs au nom d’une vie à laquelle ils n’avaient jamais réfléchie, tout ça pour me laisser en gardiennage leurs mômes dont ils ne voulaient pas, et aller se pinter la gueule chaque week-end de juin en mode « nan mais attends… c’est trop cool ! »

Ouais mais t’as raison mec, c’est trop cool que t’ailles sniffer de la coke au Hellfest quand tu vas pas te bourrer la gueule le week-end tellement tu te sens couillon d’avoir encastré ta life dans un modèle qui ne te seyait pas. Aujourd’hui, tous les gens qui se foutaient de ma gueule au lycée sont parents – et ils ont beau se la péter « je suis adulte », ils ont surtout l’air bien cons avec leur soi-disant révolte et leurs prêts à rembourser.