Le post méga-foutoir du samedi soir (clairement, alcool inside)

Samedi 27 janvier 2018, 21h54
♫ Natchblut – Antik

Cette mélodie est clairement devenue obsessionnelle, et c’est pas grave. Je prends tout ce qui réveille mes amis et ma personnalité imaginaires, parce que c’est comme se vautrer au creux d’un lit profond, sous des montagnes de couverture et un oreiller abyssal.

Quand j’aime une chanson, généralement, je l’imagine jouée par mon groupe favori qui n’existe pas. Y’a rien de plus sexy qu’un chanteur. Probablement parce que les mots sont mon-arme-mon-amour-ma-démission – parfois. Parce que savoir les scander est tout ce qui me manque, quand je m’étouffe entre les méandres des voyelles et m’asphyxie sous les consonnes non dites. Parce que je devrais savoir hurler, et que je ne sais que gronder.

Il ressemble à Mick Murphy (??? Franchement je ne saurais dire qui jouait dans My Ruin à l’époque, et Google Images ne lui rend pas hommage si c’est bien lui) période A Prayer Under Pressure of Violent Anguish (en revanche sur cette couv’ c’est lui – le mec dont je rêve depuis dix ans, je veux dire – mon dieu ce qu’il est charmant, je te jure je le boufferais), mais clairement dans ma tête c’est Steve (dans Âmes perdues, donc, mais ai-je encore besoin de le préciser ?) Ses tatouages courent le long de ses veines comme le lyrium sur les bras de Fenris (mais en noir, hein. Un tatouage se doit d’être fait à l’encre noire). Si c’est pas lui qui chante, alors c’est son amant-mon-alter-ego-M, qui m’est apparu un jour en rêve et dont je suis instantanément tombée amoureuse. Il avait les yeux beaucoup trop clairs, un nez juif (pardon pour le raccourci mais juste j’adore les nez crochus à la JJ Goldman), le teint excessivement pâle (vampire lover forever) et un long manteau de cuir Matrix-style.

Je les ai tellement aimés que j’en ai fait le couple mythique de mes rêveries à côté du monde. Mes Ghost & Steve à moi, version cheveux noirs. Ce qu’il y a de cool quand t’as un monde imaginaire dans ta tête, c’est que tu peux incarner tour à tour chacun de ses protagonistes. Moi, je me partage généralement entre deux M., mais les faiblesses des uns et des autres abritent chacune un morceau inadmissible de moi.

Quand je suis fatiguée/éthérée, j’ai normalement toujours un alter-ego à qui transférer cet état de fait, et alors je deviens M. et je lui tiens la main et je me sens mieux, de savoir que je peux m’appuyer sur quelqu’un et que je suis en même temps le quelqu’un solide et bienveillant à qui refiler le mal.

Quand j’y pense, je comprends mieux pourquoi j’ai jamais fait partie du club select des TS que j’ai toujours tant admiré (les suicidés m’émeuvent, mais ceux qui s’en sortent et recommencent,  encore plus – ce qui est très con j’imagine : sans doute ils essaient de se faire remarquer, et moi je tombe dans le panneau). Quand je vais vraiment pas bien, je commence par tuer un type-dans-ma-tête. Et c’est insupportable. Je peux déjà pas envisager la mort d’un personnage imaginaire, alors imaginez la mienne.

Ça fait presque une heure et demie que j’écoute la même chanson. Je ne sais pas combien de fois ça fait, mais ça éclaire probablement le temps passé à écouter Delirio Assessino. Ça m’a tout l’air d’une malédiction, quand j’y pense : si je suis capable de tourner en boucle comme ça, je dois aussi le faire sur les trucs pas cools. J’ai fait ça ? Vous savez quoi, je crois même pas. En réalité, je suis la meuf tellement romanti-conne que j’ai passé plus de temps à croire que ma vie ressemblerait un jour à mes délires qu’à penser crever parce qu’il était évident que ça ne serait pas le cas.

Avant-hier, lors de ma (quatrième ?) partie de DAI, j’ai été très déçue. Au moment de créer la game, je ne pouvais pas me connecter, ce qui fait que le jeu s’est lancé sur les paramètres standards et non sur mon contexte mondial tel que je l’avais joué dans les DA précédents. Donc, quand l’Inquisiteur a rencontré Hawke, pas moyen de personnaliser ce dernier – première déception : je peux pas entendre cette voix dans la gorge d’un barbu typiquement viril. Je lui demande donc « Vous avez connu Anders. Comment était-il ? » Et l’imposteur de me répondre : « Anders a-t-il réellement existé ? À la fin, il ne restait rien de lui... »

Comme j’étais dépitée !! À la fin de DA2, Anders est toujours Anders. Un idéaliste, un désespéré, un terroriste. Je constate avec désappointement que la plupart des fans de DA n’entendent pas ce personnage, et comme j’en suis amoureuse, je suis très triste. Même un jeu que j’aime du plus profond de mes tripes me rappelle que je suis une étrangère.
Un jour je vous raconterai pourquoi j’aime tant ce jeu, et Anders & Hawke en particulier. Probablement qu’il vous faudra lire ma fanfic pour ça :)

Toujours est-il que la première fois que j’ai fini Dragon Age 2 et donc débloqué le succès « Romantisme », j’étais fière comme Artaban (L'Artaban qui a donné lieu au dicton : « fier comme Artaban », est un héros purement imaginaire du roman Cléopâtre de La Calprenède – source : Wikipédia – vous saviez ça, vous ? Ben moi, absolument pas !) Parce que Anders, il m’avait donné du fil à retordre. J’ai passé tout l’acte III dans un état proche de l’Ohio (pardon). Ah, faut que j’explique, excusez-moi :


On dirait franchement moi, à remuer les épaules au lieu de danser… Et je parle même pas des chaussettes (ni de la rime qui va avec)...

Breeeeef. Anders, je l’aime tellement que – spoiler alert – je suis prête à lui donner un scène avec Fenris, juste parce qu’il me semble évident que n’importe qui devrait succomber à son charisme à un moment. J’aime autant sa colère inexorable que sa naïveté (ah bon ? Je suis sexy ? Je ne m’en étais pas rendu compte…)

Franchement, j’ai arrêté de compter le temps que j’avais passé dans un jeu (enfin… dans ce jeu) plutôt que dans la « vraie vie ». À quoi bon ?

J’ai essayé. J’ai entendu les arguments. T’exagères, tout le monde passe par là, c’est la vie. Personne m’a donné de raison de pas les conspuer. Donc, comme j’ai pas du tout envie de mourir, j’ai pas eu d’autre choix que de m’inventer un monde imaginaire. Ou plutôt, vu que je vis à mi-temps dans ce monde depuis mes onze ans, j’ai pas eu d’autre choix que de m’y réfugier de manière permanente.

00h10
♫ Amduscia – Delirio Assessino
Allez ! Tant qu’à faire…

Du coup, cette année est reposante. Je vais en cours une à deux heures par jours (deux heures et demie, plus le trajet : on a des cours d’une heure et quart, chez moi). Le reste du temps, je vis dans ma tête. J’écris mon mémoire, et je pense à S. Je fais les courses en tenant un frangin imaginaire par la main. Je me couche en hurlant par la bouche de fiancés fantasmagoriques. Je me sens bien.
Je sais pas ce que ça donnera quand je serai obligée de reprendre un taf à plein temps, chose dont j’ai envie, en plus. Peut-être qu’Audrey, qui du haut de ses douze ans m’a annoncé qu’elle adorait ma voix, sera perturbée d’entendre celle de M., qui sait ? Je vais peut-être un jour faire mieux que Scott Landon amener Naya’Lune dans la réalité ? (Audrey trouve que j’écris trop bien et que ma voix est fascinante – je vous jure que les gosses aujourd’hui n’ont aucune limite).


Je vois pas bien comment j’ai tenu sans alcool pendant mes « jeunes » années. Entendre par là que ça fait belle lurette que je picole, mais que je me suis tenue à carreau jusqu’à mes dix-huit ans.

01h18

Je comprends fort bien l’envie de se répandre sur le pavé, mais j’y adhère pas parce que, franchement, ce serait du gâchis. Autant être là pour voir le résultat, vous croyez pas ? En tout cas, moi, j’ai une haute conscience de moi-même, et ça me ferait chier que le monde continue de tourner sans plus se soucier de moi. C’est pour ça que, contrairement à kreestal et Height, je ne vois aucun inconvénient à me taillader joyeusement les poignets pour ensuite les brandir à la face d’autrui. Enfin, je ne voyais – je fais plus ça, aujourd'hui. Mais, tant qu’à faire, je plussoie. Mon but, c’est que, à terme, tout le monde se prenne une claque dans la gueule. J’aurais bien aimé dire quand je crèverai pour de bon, mais ça, ça marchera pas. Les gens s’arrêteront deux secondes et puis zapperont, parce que ça arrive tous les jours. Je vais pas débattre sur ça – je fais pareil, question de survie. C’est le paradoxe : « regaaaarde ! J’ai mal ! » versus « ouais eh ben ? T’es pas tout seul ! » Je m’en fous, des gens qui claquent tout seuls sur des rails qui ne mènent nulle-part. Z’avaient qu’à s’inventer une vie, plutôt que de compter sur le soutien des débiles qui les suivent sur Touiteur. Sérieusement, tu comptais survivre dans ce monde-là ? T’as pensé que c’était ça que tu voulais ? J’ai aucune pitié pour les laissés-pour-compte des réseaux sociaux. Ce sont les mêmes qui se croyaient malins quand j’avais dix-sept ans. Je pouvais pas les saquer, eux et leur amour niais de la société. SI j’avais clamsé à cette époque-là, ils m’auraient enterrée en moins de deux, parce qu’ils savaient que je fittais pas et que d’après eux, c’était moi l’erreur. Alors ceux qui crèvent aujourd'hui de n’avoir pas atteint la popularité espérée…

Nan mais vraiment, je devrais m’en soucier ? Des imbéciles que les cours de philo laissaient froids ? Des gens qui me disaient « bizarre » parce que je portais du faux cuir sous un sweat Nirvana ? (summum du mauvais goût, je suis entièrement d’accord) De la horde de fumeurs de joints intéressés par que dalle à part leurs soirées beuh-bière ?

Ils en avaient rien à foutre de l’école, me prenaient pour une conne du haut de leurs dix-huit ans dont ils voyaient pas que vingt milliards d’êtres humains les avaient déjà fêtés…. Ils croyaient tout savoir, et ils ont fait des gosses, et ont rangé leurs bangs au nom d’une vie à laquelle ils n’avaient jamais réfléchie, tout ça pour me laisser en gardiennage leurs mômes dont ils ne voulaient pas, et aller se pinter la gueule chaque week-end de juin en mode « nan mais attends… c’est trop cool ! »

Ouais mais t’as raison mec, c’est trop cool que t’ailles sniffer de la coke au Hellfest quand tu vas pas te bourrer la gueule le week-end tellement tu te sens couillon d’avoir encastré ta life dans un modèle qui ne te seyait pas. Aujourd’hui, tous les gens qui se foutaient de ma gueule au lycée sont parents – et ils ont beau se la péter « je suis adulte », ils ont surtout l’air bien cons avec leur soi-disant révolte et leurs prêts à rembourser.

L'avènement des midinettes

Jeudi 25 janvier 2018, 19h16
♫ Nachtblut – Antik

C’est assez impressionnant, la profondeur de mes mauvais goûts musicaux. J’ai juste un truc pour me rattraper : j’écoute pas de mauvaise musique en français (enfin, j’adore Indochine, mais chuuut). Là, je n’ai pas la moindre idée de ce que racontent les textes, donc je peux plaider la naïveté.

Après, tous les chroniqueurs metal ont eu beau conspuer cet album (à juste titre), je ne pense pas qu’il s’adresse à eux. Nachtblut, et ce titre en particulier, c’est clairement dédié aux midinettes comme moi. Aux fans de Daniiiiii-il-est-trop-beau et de Blutengel parce que c’est teeeeeeellement goth. Et je suis désolée de vous le dire, mais on a le droit d’exister. Avec nos ongles noirs, nos mèches violettes et nos dentelles déchirées, on vous fait peut-être mal au cœur, mais dans nos sanctuaires adolescents, on emmerde personne.

Je dis ça parce qu’une des chroniques que j’ai lues stigmatisait clairement les goths, et encore, une catégorie apparemment trop honteuse pour avoir même le droit au respect. Comme si gotheux et metalleux, c’étaient deux facettes d’une même culture supérieure. Comme si on formait une grande famille aristocratique – enfin, avec sa branche de parvenus qui foutent la honte aux « Vrais ».

Moi, ce genre de morceau me rappelle l’époque où je lisais Armand le vampire en écoutant en boucle la même chanson de To/Die/For (c’était Vale of Tears, pour ceux que ma midi-gothitude intéresse). Et je peux vous dire que je me rappelle cette période avec beaucoup d’affection. Je m’y sentais bien.

Je veux dire : pas tout le temps. J’allais même plutôt pas très bien, en ce temps-là, quoique quand même mieux qu’après et moins mal qu’avant. Mais quand je me réfugiais dans ce monde merveilleux où des beaux gosses maquillés parlaient de vrai amour romantique sur des mélodies piano-guitare, j’avais le cœur gonflé d’espoir.

J’ai passé un nombre très conséquent d’années à rêver de mecs aux cheveux longs avec du khôl sous les yeux – parce que j’ai un gros problème avec la virilité telle qu’elle est supposée s’incarner. Boys don’t cry, alors que moi je les voulais vulnérables et gaulés comme des pieds de micro.

Vendredi 26 janvier 2018, 10h42
♫ Faderhead – The Svlphvry Void (Faderhead Remix)

Franchement, je regrette rien. D’ailleurs, je porte toujours des mitaines-manches noires à cœur roses – plus midi-punk que midi-goth, certes – alors que je fêterai (pas) mes trente-quatre ans cette année. Parfois, ça m’affole un peu de penser que d’ici quelques années, on me considérera avec la pitié qu’on réserve aux gens qui refusent de se voir vieillir. Mais bon, peut-être que d’ici quelques années, je n’aurais plus envie de mettre ce genre de trucs. Après tout, j’ai arrêté la mini-jupe écossaise quand j’ai passé la barre des cinquante kilos. J’ai ma fierté, quand même.

À un moment, je me disais que c’était pas juste, parce que les artistes peuvent se permettre beaucoup plus de fantaisies que nous, pauvres mortels. Il ne viendrait à l’idée de personne de dire à vx69 d’arrêter de jouer avec la peinture, ou à Queen Adreena d’enfiler un pull. Puis j’ai réalisé : moi aussi, chuis une artiste. Et prof de français, avec ça. Je partage avec ceux d’art pla et de philo le droit à l’excentricité. Vous n’avez pas remarqué qu’il n’y a que parmi nous qu’on trouve des motards, des dandies ou d’anciens teufeurs à écarteurs d’oreille ? En vérité, je vous le dis : c’est nous, les gotheux à paillettes, les romantiques, les désaxés, qui dirigeons le monde.

Deux mois dans le noir

Dimanche 3 septembre 2017

Putain, ce truc de fou. Je le connais, cet élève. Ça peut pas être une blague.

J’ai mis Enya et j’étais pas loin de pleurer – évidemment – et là je vois ce commentaire sur le Carnet. Ça peut pas être une blague. Je me souviens parfaitement de lui. De son visage et de son nom.

Je sais qu’ils m’avaient trouvée, à l’époque. Mais, je… je pensais qu’ils étaient juste occupés à se foutre de ma poire parce qu’ils avaient trouvé des photos de moi avec les cheveux rouges.
Il a vraiment perdu sa mère. Ou son père, mais je crois que c’était sa mère. Je m’en souviens très bien. Merde. Meeerde. Qu’est-ce que je fais ?

Évidemment que je suis flattée. Mais c’est un élève, putain. Il est supposé vivre sa life et se rappeler éventuellement les profs qu’il a appréciés quand il aura 19 ans.

C’est un élève que j’aimais beaucoup. Gentil, travailleur. Le genre qui rencontre plein de difficultés, mais qui s’accroche, qui comprend l’intérêt que ça peut avoir alors même qu’il galère. Un gosse qui traversait des trucs durs, et qui pourtant s’intéressait suffisamment à ses camarades pour être élu délégué et défendre tout le monde contre vents et marées.

Merde… Je me fais réconforter sur mon blog par un gosse qui a perdu sa mère quand il avait quatorze ans. Comme quoi… On a tout à apprendre des autres, quel que soit leur âge.

Jeudi 14 septembre 2017
17h39

J’ai pas aimé cette journée. Ou plutôt, j’ai aimé revoir Valérie, et Annick, et échanger sur des trucs très forts, très chargés en émotion. C’était la vie qui s’étalait, dans tout ce qu’elle a de tragique, et de magique, aussi.

Je ne sais pas si ça m’a perturbée, toujours est-il que j’ai trouvé les cinquièmes infects, et je n’avais pas la patience ni la confiance en moi pour réagir correctement. Je me suis sentie fatiguée et impuissante, et je déteste ça, parce que c’est un cercle vicieux dans lequel on laisse la classe nous échapper progressivement, et après on rentre sur les rotules et découragé.

Mais je les revois demain, et c’est un nouveau jour, c’est tout ce qui compte. Je sais que c’est normal d’éprouver des difficultés, de se sentir en danger. Je sais aussi que ce n’est pas permanent, jamais. Que je suis capable de vivre de beaux moments avec eux – ils en sont capables, aussi.
Il n’y aura jamais d’année idyllique où tous les jours seront paradisiaques. Il faut compter avec le temps, mes propres émotions, et les leurs. Rien n’est gravé dans le marbre – la preuve, c’est la première fois qu’ils m’énervent.

Il faut que j’apprenne à laisser la place aux émotions négatives, parce que j’ai le droit de les ressentir, je ne devrais pas me flageller pour ça. Je me rends compte que je me dis souvent que si j’ai mal ou que je suis fatiguée, c’est ma faute. Mais ce n’est la faute de personne, c’est juste un état qui arrive. Tout ce que je devrais faire, c’est ressentir pleinement chaque chose, les accepter, et me faire du bien quand ça ne va pas, et vivre à fond quand ça va. C’est pas plus compliqué que ça.

Mardi 26 septembre 2017
23h47
♫ Fairy Tales – Dragon Force OST

C’est comme disait Mu : apprendre à être soi. À ne plus avoir peur d’assumer ce que l’on est. C’est peut-être pour ça qu’on m’a dit aujourd'hui « oh, mais les 4e, ils t’adorent. Ils cherchent pas à t’emmerder. » J’aime à le penser. Si j’ai enfin une classe qui me fait pas chier, me charrie quand il faut, et bosse, c’est peut-être parce que je suis celle que je dois être. Y’a deux ans, on m’a dit «  mets un masque. » Et bah non. Même si la 5e m’emmerde. En même temps, ça fait trois ans que je le dis : en fait, j’adore les 4e. C’est logique. Avec eux, je suis la prof que j’ai toujours voulu être : j’ai fixé mes limites, j’ai montré que je les aimais – parce que c’est le cas. Le reste coule de source.

Je me sens forte, et entière. Alecto, hein. Bah, je suis pas très implacable. Juste… moi. À ma place parmi les dérangés, les tristes, les fous. À ma place parmi ceux à qui on dit « quoi ? Pourquoi tu n’es pas comme moi ? Pourquoi tu ne ressens pas les mêmes urgences ? » Et ben, parce que, connard. Eux et moi, on ira loin. Ce que nous apportent les gens, humainement, aura toujours plus de sens que tout le reste. Et c’est celle pour qui le savoir est la clef qui parle.

C’est pour ça que j’aime mon métier. La force qu’ils me donnent. Sincèrement, j’en ai rien à foutre qu’on ne soit pas là pour être apprécié. Le souvenir qu’on garde des gens qu’on n’aime pas ne nous sert jamais à rien. Oui, je veux que mes élèves m’apprécient. Mylène était pas foutue d’apprendre quoi que ce soit si elle aimait pas ses profs, et elle avait vingt ans. Je veux croire que ma passion les porte, un tout petit peu. Elle me porte bien, moi.

Ouais, c’était chouette de m’entendre dire ça, et j’ai sans doute un peu honte au fond de m’en vanter, mais… Je reviens de loin, vous savez. Je reviens d’un enfer paimpolais dans lequel ni mon job ni mes collègues n’allaient bien.

Cette année, je suis entourée de gens. Alors ils ne vont pas toujours bien. Mais je les sens à l’écoute. Peut-être qu’avant j’étais pas prête. Cette année, j’ai toujours pas envie de me livrer. Mais je sens que je peux. C’est sans doute moi qui ai changé – mais j’ai jamais dit que l’enfer, c’était les autres.
Je l’ai écrit ailleurs : peut-être que la mort de maman a fait éclater une soupape. Peut-être que « grâce à » ça je me sens légitime. Je me suis jamais sentie aussi forte. Mes fantômes et mes démons ne m’ont jamais autant portée. Ils ne murmurent pas les mêmes choses qu’avant. Ils me remémorent ma vie. Ils ont cessé de me corrompre.

Je n’écris pas tout au même endroit, au risque de passer pour une égotique. Non : je voulais pas vraiment que maman meure. Ça fait putain de mal. Certains soir, ça me donne envie de hurler.
Mais… je ne peux pas nier que depuis, je me sens le droit d’exister. Ça y est, je l’ai, ma tragédie. Je peux éclater, exploser, laisser des débris partout. Je suis un shrapnel. Je suis la fureur (je vous fais grâce de la majuscule). Ça y est, les gens savent. Comme elle était belle. Ils peuvent enfin imaginer la suite.

Je ne leur en parle pas pour autant. J’ai sans doute pas eu l’air aussi épanoui depuis des lustres. Tout le monde peut en conclure que je vais bien. C’est le cas. Avec un peu d’imagination, certains peuvent ajouter ce qui m’a menée à cette exaltation enfiévrée.
Apparemment, ma tante Kersti peut. Si je saisis bien ce qu’elle dit, quelque part, je retrouve mon horreur.

Je me suis relevée de mon champ de bataille personnel. Aujourd’hui, quand je pleure, c’est autant de peine que de soulagement. Parce qu’avant, je ne me sentais pas légitime à pleurer. Si vous saviez comme j’en ai rien à foutre de tout, maintenant.

Vendredi 7 octobre 2017
01h27
♫ Prayers for storm – playlist

Je suis tellement ivre que je ne sais plus bien ce que j’écris, ce que je regarde, ce que je tape sur le clavier. Je sais juste que je pourrais m’écrouler. Et que Hocico – Dog eat dog – Doggy Style Remix m’en empêche comme d’habitude. La musique des abysses, on s’y fait, vous savez.

C’est marrant,  quand on y pense : je suis terrifiée à l’idée de mourir, mais je le fais tous les soirs. Si je m’endors maintenant, je ne me souviendrais jamais que j’étais vivante, avant. Je me coucherai dans l’abîme, et j’apprécierai l’obscurité. Je me vautrerai dans les ténèbres.