Indochine

Mercredi 7 février 2018
♫ Indochine – Alice et June

« Qu’est-ce qu’on a fait demain / Je ne me rappelle de rien »
«  Et un, deux, trois, Alice est née dans un endroit / Un endroit qu'il ne fallait pas »
« Mais c’est qu’ici il n’y a plus de place / pour qu’elle puisse grandir davantage / elle n’avait juste qu’un ennui / c’est de comprendre les jours de pluie »

Danceteria – Paradize – Alice et June.

« J’en ai jamais assez / de ma réalité / à trouver des vampires / à qui parfois sourire »

Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’expliquer à quiconque pourquoi j’ai tant aimé Indo. Pourquoi j’aime autant Indo. J’ai pas trop aimé Black City Parade. J’ai trouvé que Nicola avait rarement été aussi peu inspiré. Perdu entre ses récits d’amours adolescentes et sa fascination pour les lettres de soldats, il n’avait pas l’air de savoir quoi raconter (et j’ai franchement rien compris à ses textes) Même si j’adore l’instrumentation de Belfast, j’entends surtout : « Cette chanson s’appelle Dunkerke, mais ce soir pour vous elle s’appeeeelle… Reeeeeeennes ! » Du coup, ça me fait rire, un peu.
La république des Météores sonnait nostalgique, et c’était pas si mal, ça changeait.

J’adore la syntaxe pourrave de Nicola. C’est paradoxal, hein. La prof qui fait « ksss », balance du sel et croise les doigts chaque fois qu’elle entend un truc qui sonne pas français, elle est fan d’Indo.
Mais c’est pas vrai. Quand mes ados écrivent un truc insensé mais super joli, j’suis toujours la première à m’en émouvoir. Ça m’aide pas à enseigner, mais… Au moins je transmets l’amour de la poésie :)

Je suis ce que je savais 
J'y ai dansé la nuit 
L'esprit parfois retrouvé
Et parfois c'est fini
Je me raccroche à qui? 
Tous mes héros sont morts 
Ne restent que mes ennemis 
Tant pis si j'ai eu tort

C’est si maladroit que c’en est hyper touchant, vous comprenez ? Parce qu’il dit un vrai truc, même s’il le dit mal. Et chuis désolée, mais c’est quand même vachement plus émouvant que « Je voudrais être la chaise sur laquelle elle s’assoit. » Pardon, hein. Bon, même si « Oui-ii, oui-ii / c’est moi / Ou-ii, oui-ii / voilà » c’est pas le truc le plus intelligent que j’aie entendu ces dernières décennies (je suis en train d’écouter le dernier album, pour ceux qui sont perdus – le morceau c’est Station 13. Et aussi : l’intro de Henry Darger (c’est qui???) = « on a écouté VNV et on adore »).
J’suis fatiguée. Faut que j’aille me coucher.

Trop-plein

Mardi 6 février 2018
22h33

Fact : les féministes nous font chier pour qu’on « féminise » la grammaire. Question : quand les Amerloques disent « her » en parlant de leur voiture, c’est positif, du coup ?

*

23h04

J’ai fait des progrès. Pas forcément dans le sens social du terme. Aujourd’hui, ma collègue m’a encore raconté sa vie. Je vois bien qu’elle a besoin d’attention. Mais l’envers du décor, c’est qu’elle n’accorde son attention à personne.

J’admets évidemment ça de mes élèves parce qu’ils ont treize ans en moyenne. Ma collègue, qui me laisse rarement la place de parler… Non. Je suis désolée, Béatrice, que tu éprouves le besoin de te vanter d’avoir été interviewée par des sixièmes, et que tu en profites pour me redire à moi ce que tu leur as raconté. Mais t’as pas douze ans, et quand j’essaie de dire quelque chose, tu m’envoies chier parce que t’es pas d’humeur. Alors… Va te faire voir.
Je l’ai pas dit, hein. J’ai opiné du chef et c’est impossible qu’elle n’ait pas vu que je voulais m’en débarrasser. Quoi que…

J’estime que c’est un progrès parce que y’a quelques semaines j’aurais culpabilisé.

*

Je sais que je suis pas juste avec les féministes. Mais JE SUIS une femme. Qu’elles considèrent mon avis comme « lamentable » me place instantanément du côté des hommes. Si les chantres de « notre » condition me condamnent parce que je suis ne suis pas comme elles, qu’est-ce qu’il reste ?

Parmi nous, y’a des putes des lolitas des meufs qui refusent d’être mères, des quarantenaires qui se coupent les cheveux à la garçonne des voilées des pondeuses des allumeuses des gamines, des racistes des scientifiques des rêveuses des littéraires des punks des pochetronnes des madones et des iels. Pour ma part, et je suis pas, je pense, la seule, j’ai un cerveau en état de marche. Aussi, j’ai du mal à admettre qu’on veuille m’inculquer quoi que ce soit. La Tribune du Monde, avec Deneuve, j’étais d’accord avec. Si vous pensez que traiter mes semblables de connes affligeantes va faire progresser votre message, venez prendre quelques cours de pédagogie.

J’en ai ras-le-bol qu’on estime penser mieux que moi. Dans ce cas de figure, féministes et macho-men, même combat.

Mais foutez-moi la paix, bordel. Parce que vous ne vous entourez que de connards à qui vous donnez raison, moi j’ai tort parce que je ne les connais pas. Eh bah, j’sais pas, essayez de changer la donne. Essayez d’échapper à votre vie, bon dieu. Les mecs dont vous parlez, je les vois pas. Je ne dis pas qu’ils n’existent pas. Juste que vous glorifiez chaque jour leur pouvoir en parlant de leur société patriarcale. Putain, l’envergure que vous leur donnez, à ces pauvres mecs dépassés, persuadés de leur supériorité sur les femmes, mais aussi sur les gays les désaxés les drogués & co. !

On est vachement plus nombreux qu’eux, et rien ne nous oblige à les écouter. J’en ai soupé des pauvres victimes. Le pire, c’est que les rares femmes qui ont osé s’exprimer contre les hashtag weinstein & metoo se sont fait laminer. Comme si c’étaient pas de vraies femmes et/ou qu’elles avaient trahi leurs consœurs. Hey ! C’est des gonzesses aussi. Elles ont autant de légitimité que les autres à parler. Et quand elles disent « ça fait dix ans qu’on sait que c’est un porc », pardon mais elles ont probablement raison. Comme la fille à Allen : dix ans qu’elle essaie de se faire entendre. Et qui l’a envoyée chier ? Des femmes. Elles ont beau jeu de l’inclure dans leurs révoltes, maintenant. Dix ans qu’elles acceptent toutes de tourner avec le mec hype des Inrocks et Télérama. Dix ans qu’elles se foutent de la poire d’une meuf qu’elles érigent maintenant en égérie. Trop crédible. À peu près autant que les mecs qui ont soit-disant grandi avec une console entre les mains alors qu’ils harcelaient les geeks au collège.

Et qu’on vienne pas me dire que je suis pas du côté des victimes. Je l’ai toujours été. J’en suis une. Mais je crois pas que ce soit leur rendre service que de leur maintenir la tête sous l’eau. Je dis pas non plus qu’on peut se remettre de ses traumatismes. Certainement pas. Mais c’est pas une meuf qui s’est fait siffler dans la rue qui va m’apprendre que la life est trop difficile. Pauvre petit cœur. C’est pas parce que t’as de la thune que t’es pas dépressif. Non. Mais un poil d’humilité, ça fait pas de mal. T’es pas obligé d’étaler tes problèmes en place publique comme si t’étais le seul à en avoir, et si tu penses que c’est pour bâtir un monde meilleur, laisse-moi te dire : on va continuer de souffrir. Et désolée si je suis condescendante. On est né avec une conscience, alors oui, on va morfler. On va pas éradiquer le malheur. C’est triste ? Sans doute.

J’aimerais juste que les gens arrêtent de se prendre pour le centre du monde. Qu’ils cessent de monter au créneau chaque fois que le monde ne leur ressemble pas.

C’est ce que je suis en train de faire ?

Ah bon ? À part sur mon blog ? Quand est-ce que j’ai ouvert ma gueule pour faire savoir à Machin que je le trouvais trop con ?

Jamais. J’ai écouté ou contourné. Je me suis bouché les oreilles. J’ai tenu ma langue. Juste, s’il vous plaît, arrêtez de parler.

Sister (suivi de : Nouvelles Divagations Éthyliques.)

Samedi 3 février, 23h38
♫ Cyborg Attack – Bloody Truth


J’ai perdu des amis en cours de route. Julia, évidemment, et avec elle, Élise. Et puis Anne-Lise, sans que je sache vraiment pourquoi, tout en étant consciente de mes manquements – qui suffisent, sans doute, à expliquer sa défection. Ludo. Arthur, dont je crois comprendre – mais c’est arrogant – qu’il tenait trop à moi pour me voir comme juste une meuf à qui parler. (Et Cécile, et Amélie, et Clémentine, et Émilie... mais… dans une moindre mesure.)

Et c’est tout, parce qu’il y a jamais eu trente-six personnes à qui je tenais. Les gens sont opaques. On sait jamais s’ils veulent une béquille ou s’ils tiennent à vous.

Géraldine est retournée à l’HP. Je tiens à elle ! Mais je sais pas comment je pourrais l’aider. Alors je m’éloigne. Je suis comme les gens : je me préserve quand le bénéfice est trop mince. J’en veux à personne. Parfois, je suis triste parce que je me sens seule, mais j’en veux à personne.

Mais j’ai une sœur. Du genre avec qui j’ai pas eu besoin d’échanger le sang qui coulait de ma paume au milieu d’un cimetière (j’ai fait ça avec Anne-Lise, c’est con que ça n’ait servi à rien. C’est naze, les pactes non avenus.)

Ma sœur et moi, on a jamais eu besoin de s’allonger sur des tombes au milieu de la nuit pour se jurer fidélité, parce qu’il se trouve que chez nous, « frangines », ça a vraiment un sens. Si tu la touches, je te marave ta gueule, qu’importe si au fond t’as raison.

Ma sœur, c’est pas du tout moi. Elle a des milliards de défauts, je vous jure ; parfois j’ai envie de l’étrangler. Mais j’suis la seule à en avoir le droit. Les gens, souvent, expliquent ce genre de complicité *qu’ils envient probablement sans la comprendre* par les événements qui l’auraient créée. J’en crois pas un mot. Pour citer France Gall – enfin, Michel Berger – (hey ! c’est de circonstances !) : « Si tu l’as, tu l’as ! »



Ma sœur et moi, on se disputera pas l’héritage sur le cadavre de nos parents. Oh ! On va s’engueuler à un moment, j’en doute pas – on l’a déjà fait des centaines de fois. Mais elle et moi, c’est une histoire de veines mêlées.

« Qu’est-ce que c’est les histoires ? » demandait machin dans La Théorie des Balls. Y’a pas d’histoires. Mu a décroché le téléphone ce jour-là et assumé le reste. Y’a des années de ça, elle a fait l’adulte pendant que je me vautrais dans le fauteuil du médecin qui m’exaspérait tant – il a cru qu’elle était l’aînée. Et la prochaine fois qu’elle fait de la merde, je le lui dirai, parce que chuis incapable de faire autrement. Et c’est comme ça, c’est notre dynamique, et la seule à pouvoir me le reprocher, c’est elle.
J’dis pas que c’est bien, mais si quelqu’un doit me le faire remarquer, c’est elle.
(ou mon homme, parce qu’il sait)

Ma sœur m’a dit un jour qu’elle m’avait perdue. Même avec le recul, je ne pense pas que quiconque aurait pu me sortir de la merde comme elle l’a fait ce jour-là, et c’est probablement dû au fait qu’elle l’a pas fait exprès. Je veux dire par là qu’il n’y avait pas de jugement, pas vraiment, y’avait juste la déception, mais c’était comme ça. Elle m’a pas fait la morale. Elle a constaté que j’étais partie. Donc je suis revenue. Ma sœur elle peut faire ça, et c’est pas donné à tout le monde, et ça marchera pas sur vous (pardon, frangine. Évidemment qu’il y a des gens sur qui ça marchera, et ceux-là, t’as intérêt à les garder précieusement. Parce que si on passe notre temps à écouter l’avis des autres, il faut conserver ceux parmi eux qui entendent le nôtre.)

*

♫ Lacrimas Profundere – Solicitude, silence

Tu vois, c’est ce genre de morceau qui me fait sortir de mes gonds. Au sens où ça me libère. Je suis contente que ce soit un titre que j’ai aimé y’a quinze ans. J’aime que certaines choses ne changent pas. L’histoire des symboles qui parlent à notre place. Là où ma voix s’éteint, l’art maintient le lien. J’aime entendre des gens hurler quand je suis juste capable de vociférer.

♫ Nachtblut – Antik

Je serai en vie au milieu des cadavres. Je suis en vie au milieu des cadavres. Il est tard : ils dorment.
Je suis toute seule au milieu de la ville endormie, et je danse (comme Fenris ! Personne ne me voit jamais danser, mais je le fais… c’est à la fois mystérieux et joli, non ? ;))

Y’a de la fumée partout, et l’air de dehors qui se mêle au tabac râpeux. Les fantômes s’engouffrent par la fenêtre ouverte. C’est dommage, que j’aie besoin de l’ivresse pour me sentir vivante. Non ?
Je ne suis pas en état d’en juger. Je suis forte, je suis heureuse. La mélodie monte staccato, comme j’aime. J’ai envie d’ouvrir les bras, même au moment où la voix se tait et où les violons sirupeux prennent le relai, parce que j’aime quand c’est mielleux, quand la musique me confirme que la vie est épique-tragique-et-incroyablement belle.

Tu fais chier, maman. Tu sais qu’heureusement que tu m’as donné une sœur, parce que sinon je t’en voudrais à mort (super, l’expression !) Heureusement qu’elle te traduit. Tu voulais pas qu’on se recueille sur ta tombe ? Mais t’es même plus là ! Qu’est-ce que ça peut te faire ? Pourquoi tu m’as rien laissé ?

Je sais bien, que tu pensais n’avoir rien à donner. Tu croyais que disparaître solutionnerait tout. Mais à d’autres, putain !

J’avais une mère à qui je tenais, et comme j’ai pas su le lui montrer, elle s’est éteinte sans rien me laisser. Elle croyait être un poids – elle l’était, putain, elle m’a putain d’emmerdée - et du coup, elle a préféré disparaître. Fait chier. Tu fais chier, maman. Où je vais ? À qui je me confie aux heures indues ? À une bague ayant appartenu à mamie, et à ton collier ? Je suis certes fétichiste, mais quand même. Elles sont où, vos tombes ? À quels spectres puis-je parler ? Où dois-je me recueillir ? Tu savais, pourtant, que j’avais besoin d’ancrages !
Tu savais sans doute pas. Merde !

Mon père et ma sœur, ils savent se confier à l’abîme. L’un rationalise, l’autre accepte. Moi je fais ni l’un ni l’autre. J’essaie, je vous jure. Mais quand je regarde l’océan, je me souviens qu’on n’y a même pas balancé ses cendres. Ils sont d’accord pour le faire, c’est prévu et tout, c’est pas une cabale que je lance. Enfin si, mais contre maman. Tu voulais pas qu’on se recueille sur ta tombe. Mais t’avais des filles, bordel ! Qu’elle ait pas pensé qu’on puisse vouloir le faire me terrifie. Ma mère n’envisageait pas que son existence ait du sens pour qui que ce soit. Elle voulait qu’on l’oublie, qu’on fasse comme si elle avait jamais existé. C’était ma mère, putain. Comment je pourrais faire comme si elle avait pas existé ?

Et mes collègues qui continuent de balancer les détails de leur life sans se soucier de la mienne. J’ai survécu à un putain de tsunami, et personne ne me demande comment je vais.

C’est pas vrai. Du tout. Ma sœur mon mec Valérie les amis. Ils sont là. Pourquoi tu veux toujours que le monde entier reflète ta peine ?

Parce que ! Le monde entier, je l’ai haï puis intégré, et il continue d’en avoir rien à foutre.

Je suis tellement en colère, maman. Et toi tu le savais. Tu m’as toujours couverte, auprès de papa, notamment. Je séchais le sport en prétextant que j’avais mal au ventre, et tu me signais un mot sans sourciller et même, en m’approuvant. Pourtant, t’étais une bonne basketteuse, si mes souvenirs sont bons ;) Tu faisais preuve d’empathie, tout le temps, même pour des gens moins malheureux que toi. Dieu sait que t’étais chiante, mais pour ce qui était de plaindre tes contemporains, t’étais la première !

Aujourd’hui, je me sens obligée d’expliquer aux gens que « handicapé », c’est pas une insulte, c’est un fait. Tu me manques, bordel. J’arrive toujours pas à y croire, parce que j’avais jamais enterré personne à qui je tienne. Je savais que les gens mouraient, mais j’étais toujours passée au travers. J’ai dit adieu à des gens que je respectais, mais c’était pas comme ma mère. J’ai déjà pleuré devant des cercueils, mais c’était plus ma terreur de la mort qui parlait qu’une véritable peine. Et même si tu m’avais avertie – ton état il y a un an ne laissait que peu de place au doute – il n’empêche que je l’avais pas vu venir. Parce qu’on s’imagine pas mourir, pas plus que nos proches.

Au fond, j’ai toujours cru aux fantômes. Que t’ais choisi d’être réduite en cendres me perturbe plus que de raison. J’ai l’impression que tu peux plus être nulle-part et même si je sais que c’est ton choix, ça m’angoisse. Quand la télé ou la radio font des leurs à la maison, je peine à croire que c’est toi qui fait chier jusqu’au bout, alors que ça devrait être toi, bordel. Tu tenais tellement à disparaître que t’as réussi. C’est pas donné à tout le monde, félicitations !

Je sais pas ce qui me maintient debout (à cette heure-ci, je veux dire (il est 2h00)). Les fantômes, peut-être :)
J’veux pas domir - 6 heures, mon idéal, c'est d'aimer avec horreur (Mylène Farmer – Effets secondaires)

Ma sœur et moi, on a aimé Mylène Farmer à la folie. Elle s’en est détachée plus facilement que moi, peut-être parce qu’elle est plus forte, ou c’est le contraire. J’en sais rien. N’empêche qu’elle est la seule à savoir pourquoi je regarde de vieux clips à deux heures du mat’, y compris des trucs relativement récents comme L’amour c’est rien.
Je pourrais jamais vraiment en vouloir à la meuf qui a écrit Désenchantée.