Passion midinette

Samedi 11 juillet 2020, 22h17
♫ Bah la playlist qui va suivre

Alors voilà : j'ai pensé écrire ce billet, pour des raisons sur lesquelles je vais revenir dans un instant, puis j'ai ouvert YouTube, puis je suis tombée sur la vidéo de Maxwell consacrée aux "groupes de metal/rock/noise les plus dangereux." J'étais seulement arrivée au deuxième, Stalaghh, et je me sentais déjà tellement mal, que rédiger cet article m'a paru nécessaire, juste pour recommencer à respirer.

Parenthèse : Maxwell dit que certaines drogues ont pu ouvrir les portes de la créativité. Pour ma part, je pense que certaines personnes sont si créatives et/ou si instables qu'elles prennent de la drogue pour survivre. Pour moi, Maxwell se trompe de cause et donc de conséquence. Tel qu'il le dit, t'as l'impression que n'importe quel pécore assez audacieux pour prendre du LSD produira une œuvre de génie, et qu'il faudrait éviter parce que le risque de finir à l'HP est trop élevé. Mec. Je crois que ces gens auraient fini à l'HP de toute façon, et toi t'incites juste les gens à "devenir géniaux."

Bref. À l'origine, je repensais assez souvent à un truc que Mal' a dit en commentaire sur le Carnet, comme quoi elle avait mis très longtemps à assumer ses "côtés filles". Ça m'a beaucoup perturbée et je ne sais d'ailleurs toujours pas si j'ai moi-même cette tendance. En revanche, du coup, j'ai envie de partager mes contenus "de fille", qui ne me semblent pas très éloignés des contenus "de mec".

[Mes "côtés fille" sont de très mauvaise qualité. Je veux dire que c'est nul, vraiment, et que j'en ai conscience. Je me demande si c'est pas ça, le fond du problème : qu'en tant que fille, je sois plus apte à admettre que j'écoute et aime des trucs nuls, là où un mec se battra peut-être plus pour que soient reconnus les artistes qu'il aime, parce que ça le "déviriliserait" d'écouter des trucs nuls. Alors que nous, bon... C'est dans notre nature d'aimer des trucs médiocres ou tout du moins, ça s'excuse :)]

 
La version studio est bien plus audible (et plus juste !) mais je vous mets le live parce que... waw... qu'est-ce que c'est nul, my god !
(j'suis un peu choquée, parce que la rousse fait aussi les vocaux de Chris Pohl. Il est où, Chriiiis ?


Je continue d'adorer Blutengel en partie parce que c'est nul. C'est cliché, maniéré et répétitif dans les thèmes comme dans les orchestrations, et ça me fait rire. Mais ça m'émeut aussi beaucoup. Je trouve leur musique romantique, mélancolique et sensible.

You're the angel you're my queen
I'll do everything for you
I protect you from the cold
You can give me what I need

I'm addicted to your love
I'm addicted to this game
You give me pleasures give me pain
You're the only one I need

You're the master I'm your slave
We can reach eternity
Please don't ever let me go
You know I'm your property

And we're running through the night
You're the angel of my dreams
From the darkness into light
I will follow you

We're searching for a place to hide
A silent place for me and you
We leave everything behind
No one can find us

I love the way you make me feel
When you kiss me in the night
You know my soul belongs to you
And please keep it when you die

I see tears in your eyes
But you kiss me with a smile
Your skin is cold you close your eyes
I can feel you fade away
Blutengel, I will follow

Il est là, mon "côté fille" : j'adore les textes qui parlent d'amour un peu désespéré sur des mélodies dansantes. J'adore que Chris Pohl écrive des chansons dans lesquelles il se présente comme inféodé à une figure féminine inaccessible. Je trouve que ça le rend incroyablement touchant.

 
 C'est impossible de trouver un live audible de cette chanson. Mais les mitaines et les cheveux de Jape (et son col en V !) m'importent autant que son texte, vois-tu.

J'ai écouté cette chanson en boucle et, vingt ans plus tard, je l'aime toujours autant. Le rythme, la voix qui se craquelle dans les aigus, et les cheveux longs de Jape. Évidemment que c'est neuneu. Mais quand j'avais quinze ans, To/die/for, c'était quasiment mes premiers chevelus. Les premiers mecs qui ressemblaient à ce que je cherchais : choupis, sexy, tendres, baraqués. Je tiens pas à ce dernier point, mais je suis émue par les mecs "virils" qui ne le sont pas.

 Le clip de Wicked Games étant super sexiste de mon point de vue, je m'en tiendrai là.

Bah, Him, quoi. Même si je me rends bien compte vingt ans plus tard que s'appeler "HIM" c'est méga beauf. En même temps, se faisait appeler "him" le type qui posait comme une pétasse sur la pochette ci-dessus. Donc oui, je l'ai principalement aimé parce qu'il était maquillé et dévêtu. Je tombe toujours amoureuse des mecs efféminés ou qui s'efféminent.

Pas parce que je suis une lesbienne refoulée ! J'aime les filles. Leur voix, leurs hanches, leurs talons (ouais moi aussi j'ai des clichés. Je trouve juste ça méga sexe, les talons. Aussi sur les mecs, justement.) J'aime pas la masculinité virile. Quand j'étais jeune, je me souviens que Julia était super mal à l'aise, chaque fois que je disais que telle fille "n'était pas mon genre." J'ai toujours beaucoup plus regardé les filles que les mecs, mais je m'aime pas trop, moi, j'aime pas trop être une fille au sens où j'ai du mal à trouver beau mon sexe, où je peux même le trouver répugnant, alors bon, aimer les filles, ça s'arrête souvent là. Je saurais pas trop les toucher, je suis supposée savoir quoi faire alors qu'en fait non, je préfère l'étrangeté des mecs. Mais nan, je les aime pas pleins de pec' et de poils. Je les aime maquillés et les cheveux dans la figure.

C'est pour ça qu'un de mes films préférés a toujours été Tout sur ma mère.

 
 


Mon côté fille, par ailleurs, se traduit aussi par ma passion pour les meufs badass. Je mets ma main à couper que les mecs aussi aiment les gars qui les font se sentir puissants. Les racailles en sont la preuve.


 
 C'est la raison pour laquelle je mets la plus évidente et non la meilleure - de mon point de vue. Oui, je veux les mêmes cheveux et la même voix.
Spéciale dédicace à mes métalleuses de 5e il y a deux ans !



 

Say goodbye on a night like this
If it's the last thing we ever do
You never looked as lost as this
Sometimes it doesn't even look like you
It goes dark, it goes darker, still
Please stay
But I watch you like I'm made of stone
As you walk away

I'm coming to find you, if it takes me all night
A witch hunt for another girl
For always and ever is always for you
Your trust, the most gorgeously stupid thing I ever cut in the world

[...]

For always and ever is always for you
I want it to be perfect, like before
The Cure, A night like this

Je veux des femmes badass et des mecs qui pleurent. Je nous veux tous sur la corde ou en chute libre.

Dans ma tête se jouent des drames romantiques dans lesquels les gens se réconcilient. C'est ma scène préférée, celle avec la musique nostalgique où des gens se pardonnent et se comprennent, dans cet ordre. Et dansent. J'adore voir les gens danser.

Hum. Y compris des slows. J'adore les slows, les sirupeux qui dégoulinent d'hormones adolescentes (d'un autre âge, certes.)

Comme ça :


Ou ça :


Et ce coup de vieux. J'ai l'impression qu'un truc pèse sur mes épaules, physiquement. J'ai trop aimé Jours étranges pour vraiment m'en remettre.


Oui, j'étais amoureuse de Saez. Parce que j'aime les gens - les hommes - qui parlent bien. C'est pour ça que j'ai un crush pour Macron :D
Blague à part, oui, j'ai été une adolescente cliché, et j'ai envie de dire évidemment : les clichés, on ne les invente que pour se foutre de la gueule des gens qu'on ne comprend pas. Mais ils sont - nous sommes - assez nombreux pour perturber les soit-disant Normaux. On ne se foutrait pas de notre gueule si on n'était pas assez nombreux. Personne ne saurait qu'on existe.

Allez, je vous laisse. J'retourne me noyer dans les yeux de Di Caprio.

Ouais, c'est aussi pour mater Kate Winslet, évidemment !

Passion Nachtblut

Samedi 4 juillet 2020, 22h56
♫ Nachtblut (obviously)


"Seems like high-budget shampoo advertising. "Even after hours of hedbanging my hair is so soft and looks so nice!"
Commentaire YouTube

Ce commentaire m'a fait rire parce qu'il m'a semblé parfaitement juste.
(en plus maintenant chaque fois que j'entends de la flûte je pense à Shittyflute...)

Il n'empêche que je dois me rendre à l'évidence : j'adore ce groupe.


Mais genre, vraiment. Genre, à les écouter en boucle - mais une chanson à la fois, je suis monomaniaque.
Faut que j'assume. J'aime pas les choses élaborées qui resteront dans l'histoire. J'aime les voix black qui grimpent dans les aigus et les mélodies enlevées.
Je vous en avais déjà parlé il y a deux ans (la vache !) et c'est de pire en pire. Jusque-là, j'avais écouté Antik en boucle, puis l'album, puis Wat is' denn los mit dir. Et maintenant, avec ce titre (ci-dessus, je veux dire), j'ai ajouté la totalité de leur discographie à ma bibli Spotify.

 

J'ai l'impression que ça a été composé exprès pour moi.

 

Tu vois, ce que des tas de gens aiment dans les génériques d'animés japonais ? Ce côté épique et niais à la fois ? C'est ce que j'adore dans ces morceaux. Et ces aigus, putain, ces aigus. Et la rythmique allemande. Moi un mec qui chante comme ça, je fonds direct. Je sais pas pourquoi !

Ceci dit, au fil de mes écoutes, YouTube en est venu à me proposer de regarder ça, et chuis désolée mais Nachtblut n'est pas plus ridicule :D


 

On se croirait au Disneyland des goths, c'est magique !

 Ou bien Lord of The Lost, qui est passé de La Bomba (un de mes clips préférés ever - et au passage, on est d'accord que le claviériste ressemble vraiment à Manson jeune ?) aux habits de mamie :

 

Et dont je me demande "mais pourquoi fait-il d'aussi grands moulinets avec ses bras ?"

Bref : tu vois bien que Nachtblut c'est pas si pire.
Et puis, ses cheveux, quoi.
Dans les deux vidéos qui suivent, tu verras qu'Askeroth peut assurer aussi bien les aigus que les graves (nan mais je sais que tu vas pas les regarder, t'inquiète, je suis pas vexée.)


 

 

J'adore ce live.  Deux chanteurs c'est deux fois plus sexe, j'y peux rien hein.
(eh, y'a du monde à leurs concerts, j'suis pas la seule, zut.)

Allez, une dernière :




Stéphanie

Samedi 20 juin 2020, 00h00

Aujourd'hui, j'ai assisté aux funérailles du mari de Stéphanie. Il avait 46 ans et il a fait un infarctus dont il ne s'est pas réveillé. Dimanche, Stéphanie m'écrivait : "les médecins pensent tout arrêter demain ou mardi."

Aujourd'hui il y avait cette femme dévastée devant un cercueil toujours trop petit, tenant par la main deux marmots de sept et neuf ans qui, je crois, n'avaient pas réalisé qu'ils ne reverraient pas leur papa. Je les ai contemplés sur l'écran qui diffusait la cérémonie dans le hall (c'était un bel enterrement, aurait dit la grand-mère de Mathias : nous étions trop nombreux pour tous entrer dans la salle). La petite, que je distinguais bien sur la vidéo, serrait sa mère dans ses bras chaque fois qu'elle s'effondrait, comme une petite dame. On voyait dans son geste qu'elle disait "ça va aller, maman, je suis là", et je voyais Stéphanie la serrer fort, et c'est un des pires trucs auxquels j'ai assistés. J'avais déjà vu les gosses de Valérie, hiératiques, suivre le corbillard le long de l'allée du cimetière, tout droits et dignes comme dans un tableau de Courbet. Je crois que cette petite fille en rose qui ne tenait pas en place sur sa chaise m'a encore plus émue.

Je suis sortie de là les mains si tremblantes que Julien m'a demandé si je voulais qu'il me roule la clope que je lui avais quémandée. On étais tous là, les gens de Stella Maris, comme des cons, tous ravagés à des degrés divers, et tous conscients que nous retournerions dans quelques instants à nos familles. (Sauf Thierry et Julien, peut-être, je ne sais pas.) Tandis que Stéphanie rentrerait dans sa maison vide et se coucherait dans son lit vide.

Les parents de son mec étaient là. C'est le deuxième fils qu'ils perdent. C'est leur père qui l'a dit, des sanglots plein la voix, tandis que sa femme se tenait là comme une madone figée dans la cire. Il a parlé à son fils restant, lui disant qu'il devait se sentir bien seul sans ses frères, et que la vie était putain d'injuste, mais qu'ils traverseraient ça ensemble
Stéphanie, de son côté, a enterré le sien, de frère, l'année dernière. Cancer du poumon.

Je ne suis pas mère, aussi ne puis-je pas compter au nombre de mes hantises la perte d'un enfant, même si je peux l'imaginer (sans arriver au millième de souffrance que cela doit représenter, cela va de soit.) En revanche, Stéphanie vient de vivre coup sur coup tout ce que je peux imaginer de pire. Mes collègues qui sont mamans se focalisent sur les enfants et je crois que je les comprends, mais ma sœur, mon mec, sont ce que j'ai de plus précieux, ceux sans qui je ne peux m'envisager vivre. Même Natasha me disait qu'elle ne se remettrait jamais de la mort de son mari. Elle est pourtant croyante.

Je suis persuadée que je ne me remettrais jamais de la mort de Mathias. Et j'imagine cette femme qui doit rester debout pour ses enfants, qui n'a pas le droit de flancher, cette femme qui a déjà perdu la chair de sa chair, son frangin, son âme, et qui désormais n'a plus personne, enfin, bien sûr que si, mais plus personne qui la connaisse dans sa chair justement, plus personne qui sache sa vie et ses émotions sur le bout des doigts...
Je l'imagine debout dans sa maison vide, ses enfants couchés, avec toute cette souffrance que les adultes refusent d'envisager, toute seule, putain, et peut-être que je ne fais que me projeter moi mais ça ouvre un vortex sous mes pieds.

J'ai pleuré quand l'officiant a demandé une minute de silence et que Stéphanie s'est levée avec ses mômes pour fixer un putain de cercueil et je me suis barrée à peine moins vite que Gwenola quand ça a été fini. Y'avait Thierry qui essuyait ses larmes et il fallait que je lui demande à lui spécifiquement si ça allait, parce qu'il m'avait dit qu'il ne serait "pas à sa place, comme d'habitude", et que je trouvais ça presque aussi horrible, que personne ne vienne te voir pour te demander si ça va parce que c'est normal que tu sois seul quand t'as jamais échangé plus que des sourires.

Et puis j'étais dans la voiture de Béatrice, qui m'avait amenée parce que j'avais dit aux collègues que je voulais pas y aller seule et qu'en vrai je voulais même pas conduire dans Saint-Brieuc, d'autant moins que je fais n'importe quoi depuis que je sais, j'oublie ma carte bleue, je mets de l'eau froide sur mon thé et je mets ma clef de maison dans la serrure de la voiture, et je me sentais mal parce que maintenant que c'était fini j'étais joyeuse.

J'ai tout verrouillé. Mes mains tremblantes m'ont trahi, mais en dehors de ça, ça a super bien marché. L'angoisse que j'ai ressentie jeudi, après que Yoann m'ait demandé si je pouvais assurer l'intérim téléphonique au collège, ou si je voulais y aller, m'a rappelé il y a trois ans et je ne voulais pas, putain, je voulais pas la ressentir à nouveau. Alors j'ai fermé les écoutilles, me suis répété que souffrir n'aiderait pas Stéphanie et me suis montrée aussi courtoise et enjouée que d'habitude. J'ai même pas menti. C'était vrai. J'ai médité jeudi jusqu'à ce que mon souffle se fasse marée et engloutisse Angoisse. Après j'ai avancé pas à pas. Mais avec un putain de sentiment de lâcheté.

Je sais plus ce qui est vrai entre la sérénité trouvée et l'émotion qui m'apparait factice à force d'avoir été refoulée. J'avais pas tremblé comme ça depuis maman mais mes yeux étaient secs. J'ai pleuré deux secondes dans la voiture ce matin, c'était chouette. Je me sentais libre. Je suis passée des larmes au sourire en l'espace d'une bourrasque costarmoricaine et sans doute que c'était normal, parce que moi je n'enterrais personne aujourd'hui et que la compassion ne justifie pas la dépression. Pourtant je me sentais coupable, d'avoir osé tout mettre en œuvre pour ne surtout pas ressentir ça. La douleur de Stéphanie dépasse de loin de ce que je suis capable d'encaisser, alors je lui ai tout simplement barré l'accès, alors même qu'elle ne me concerne pas.

Elle a levé les yeux quand elle est sortie du funérarium et j'ai l'impression qu'elle a regardé dans notre direction. Elle était toute seule à ce moment-là, mais je ne me suis pas approchée, ni même n'ai osé vraiment la regarder, parce que je ne m'estimais pas légitime à être là. Béatrice m'a dit qu'on partait quand je voulais, j'ai dit "Je crois qu'on n'a aucune raison de rester", Julien qui a croisé mon regard a dit "je ne sais pas" et nous sommes partis quelques minutes plus tard. Julien regardait Stéphanie qui parlait avec Yoann, je crois qu'on se disait la même chose. "Est-ce que j'aurais dû ?"
Je lui ai écrit dimanche que si elle avait besoin de quoi que ce soit, je serais là, mais je ne sais même pas de quoi elle a besoin, parce qu'à sa place, je serais anéantie, et je crois que Julien et moi nous demandions si elle avait compris que nous fuyions parce que nous ne savions pas comment affronter sa douleur. Je ne veux pas qu'elle le sache, parce qu'aussi vrai que ce soit, c'est je crois un des pires trucs que tu puisses dire à quelqu'un : "je crois que je sais, et c'est pourquoi je m'en vais."

Je ne sais pas quoi faire de ça. Je ne sais pas si je dois revenir, si elle a conscience de mes atermoiements de merde, si au contraire bien sûr elle a trop à gérer pour même les avoir remarqués et encore moins en avoir quelque chose à foutre, si je suis hypocrite ou empathique. Avec Béatrice, on se disait qu'on ne connaissait même pas ses enfants. On ne la connaît même pas assez pour s'investir, en fait, pour dire, "ok, je prends les mômes, prends soin de toi." On ne peut que lui envoyer des regards larmoyants et putain d'inutiles.