Trois épées qui tournoient dans le ciel. Trois p’tits tours et puis… s’en vont.
Comme les têtes de Cerbère elles clapotent au bord de ma mémoire. Un, deux, trois, la vague. Dissimulées ou noyées ? Quand les mots fuient, la syntaxe suit ; je n’emploie jamais de verbes quand le temps m’a figée. Animale dans la lumière des phares, je ne me recroqueville pas. J’affronte le piège, tétanisée ; je vois défiler des « et si ». Pas des regrets : des échappatoires.
Un, deux, trois, soleil !
Et tout ce qui te brûle, alors, c’est ce que t’as raté. Ça ira mieux, t’as dit, à un gosse qui pleurait. Ça ira mieux, ben oui, comme s’il pouvait te croire, comme si t’avais pas mieux à faire que de délivrer des prédictions de voyante à deux balles à un môme qui souffrait. Sérieux, c’est tout ce que t’avais à dire ?
Et ça, c’est la voix de tous les jours, celle qui n’a jamais tort. C’est l’œil de Sauron : tu bouges, elle se retourne et t’anéantit dans le cercle de son iris enflammé.
Parfois, je me dis que les gens qui répondent avec justesse ont beaucoup trop de recul. Mais s’ils sont justes, alors ils ont raison ; moi je sais pas être juste si je ressens pas, et quand je ressens, l’émotion me submerge.
« Ça ira mieux. » J’ai sans doute raison. Et on s’en fout. Parce qu’avant que ça aille mieux, ce gosse aura peut-être sombré. Un, deux, trois, la vague. Combien de temps on peut survivre avec juste l’espoir qu’on vienne nous sauver ?
Je veux – je vais – me tapir loin des vagues et juste dormir, assez loin pour que l’écume vienne mourir sur le sable sans m’atteindre. Comme ça je pourrai la contempler sans me sentir concernée.
J'ai pas posté la première partie de ce billet quand je l'ai écrite parce que je m'étais calmée, j'ai écrit la seconde ce soir. Finalement, je partage les deux, parce qu'elles m'interrogent.
I.
Quelque part en septembre.
J'ai déçu.
"de n'avoir pas pu partager un moment avec toi, depuis le temps que tu dis qu'on va se voir, et samedi alone chez Morgane..."
Ça m'a hyper blessée, de lire ça. Et sans doute c'est mérité, j'en sais rien. Après tout, j'étais en train d'écrire l'article qui va paraître sur le Carnet, donc j'étais zen parce que tournée en moi-même.
Mais tous ces gens qui réclament ma présence, ne viennent jamais la chercher. Et puis j'y avais jamais vraiment pensé, en vrai. Mu m'a déjà parlé du fait qu'elle se sentait décevante, et je comprenais pas pourquoi, et maintenant je me dis que c'est putain de violent. Si je lui ai fait ressentir ça... mazette... (oui, ma grand-mère s'invite chaque fois que j'ai plus de mots.)
Comme quoi, ça marche bien, la loi du Talion.
Natasha m'a dit : "si tu savais comme je pense à toi chaque fois que je fume une clope seule dans ma voiture", et j'étais... perturbée ? Non, je savais pas, et je me rends bien compte à sa rancune que j'aurais dû. Mais je savais pas, et j'étais bouleversée qu'elle me l'écrive, et qu'elle me le reproche, parce que je pense à un tas de gens que j'aime, quand je suis seule, et je ne leur écris pas pour leur dire que c'est des salauds qui m'ont oubliée. Elle m'en veut parce que je ne l'ai pas prévenue de ma venue à Stella. Qu'on aurait pu se fumer une clope rapidos dans sa voiture. Et oui, bien sûr, qu'on aurait pu. Mais moi j'ai pensé "peut-être que Julien sera en pause, peut-être que je choperai Thierry à la récré, et peut-être que Béatrice sera là." Et j'ai vu Gwenola en premier, Gwen qui est la seule à m'avoir envoyé un message pour la rentrée, pour savoir où j'étais et si ça allait. Gwen que j'aime mais avec qui je marche sur des œufs. Souvent, j'ai remarqué qu'on n'aimait pas les gens qui ne nous aiment pas. Gwen, c'est quelqu'un que j'aime et dont je sais qu'elle m'apprécie, mais on a dix ans et une éducation catholique qui nous séparent, alors même si on s'entend bien, je ne sais pas si je ne l'aime pas pour ce qu'elle traverse avec sa fille. En tout cas, la manière dont elle gère ça la rend "aimable" alors du coup je m'en fous.
La fille de Gwen ne veut pas être une fille (ou ne l'est pas. Me jetez pas de pierres.) Alors Gwen, qui ne peut entendre que sa fille soit un garçon (ce que je comprends, j'en suis désolée mais voilà) mais ne veut pas lui faire de mal pour autant, l'appelle "sweety", "my love" ou encore "my child" (elle est prof d'anglais, mariée à un Irlandais).
Apparemment, je suis incapable de distinguer ce qui me relie à Natasha (des liens d'amitié, semble-t-il) de ce qui me relie à Gwenola (une complicité, une compréhension, du moins.) J'ai pensé à Julien, Thierry et Béatrice en premier, parce que soit on partage déjà quelque chose de super fort, soit les mots n'ont jamais été tus. Béatrice et moi, on a vingt ans d'écart. Mais elle m'a souvent dit combien elle était heureuse de me voir, alors que Nat, j'ai cru qu'elle était comme Valérie, qui m'a présentée comme une "collègue" quand je suis venue la voir après le suicide de son mari.
C'était son droit et sa souffrance était indicible. Il n'empêche que ça m'a assez vexée pour que je m'en souvienne : je ne me serais jamais infligé ça pour une collègue. Je sais que c'est dégueulasse de le formuler comme ça, mais si tu me lis encore, tu sais que c'est un journal extime, ici. Pas de langue de bois.
Et donc, Valérie, son histoire, m'avaient anéantie. Je ne voulais pas le savoir. Je ne voulais pas m'en mêler. Mais je l'ai fait, et voilà, j'étais une collègue. Thierry a raison hein : tout ce qu'on fait, c'est pour soi-même. Ça ne veut pas dire que c'est ce dont autrui avait besoin, juste que nous, pour une raison x ou y, on pensait que c'est ce qu'il fallait faire. Je le déteste pour son fatalisme et ce cynisme qui découpe en tranches le moindre de nos actes, même ceux qui nous semblaient sincères.
Parce que ça nous fait paraître sacrément cons, et puis du coup, à quoi bon ?
Le pire étant que, Valérie m'ayant présentée comme une collègue, je considère désormais tous ceux que j'aime au boulot comme des "collègues" et ne vois pas l'amitié qu'ils me prodiguent, apparemment.
II.
Le 7 octobre 2020
Dans un de ses derniers billets blogs, Jeanne A. Debats remarque qu'on conspue les femmes qui ne veulent lire que des autrices, et pointe le programme de français en soulignant qu'il ne contient que des hommes. J'ai répondu, en admettant (souriante) que je trollais, que je faisais lire des femmes (troll parce que c'est sûr qu'elles sont moins nombreuses) et aussi que jamais je ne cesserai de lire Baudelaire ou Zola. Elle a rétorqué : "Après depuis 2002, 300 sujets du bac environ toutes séries et régions confondues, 18 ont concerné des femmes (source : https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/auteurs-et-autrices-dans-les-annales-du-baccalaureat-de-francais/). C'est bien d'en lire en classe, mais si c'est pour démontrer à l'examen l'importance qu'on leur accorde, ça fait pas avancer le bousin :)"
Et ça me saoule. Donc quoi ? J'arrête de faire lire des auteures (ouais, des auteurEs, merde, ça fait vingt ans que j'écris auteurE, je le faisais avant que Titiou Lecoq s'aperçoive que ce serait bien de féminiser les noms de métier) parce que ça sert à rien ?
Tu sais, c'est comme les écolos qui trouvent que tu fais jamais assez.
C'est quoi l'intérêt de faire la leçon à une femme qui aime d'amour les poèmes de Louise Labé et s'amuse à les confronter à ceux de Ronsard (ce mec avait tellement le melon, mon dieu) ?
D'ailleurs, Jeanne A. Debats m'a aussi demandé si je croyais qu'Alice Coffin (je suppose que c'est la féministe en question, celle qui ne veut plus lire de littérature masculine) n'avait jamais lu Baudelaire et Zola. Bon déjà je sais pas qui est Coffin, mais c'est surtout passer à côté de mon propos. J'ai cité ces auteurs parce que je trouve leur plume bien plus qu'admirable. Je ne cesserai pas de les lire parce que je veux désormais aborder le monde sous un autre angle. L'un n'empêche pas l'autre. Je trouve invraisemblable d'être amoureu(se) de littérature et de se restreindre à la littérature féminine, comme je regrette qu'on ne lise pas plus de femmes au lycée. Comme si, sous prétexte que ce sont des hommes, il y avait le moindre rapport entre Montaigne et Oliver Stone (oui il est passé ce matin sur Inter et je l'ai trouvé passionnant.)
En plus, je suis assez d'accord avec Brighelli quand il nous met au défi de trouver le même nombre de femmes écrivaines que d'hommes. Aujourd'hui, oui, aucun problème, mais au Moyen Âge ou au 17e c'est plus compliqué, pour des raisons évidentes. Réécrire la condition des femmes, c'est ça qui fait pas avancer le bousin, de mon point de vue. Je préfère faire lire Ronsard en soulignant sa misogynie, ou les stances à Marquise de Corneille, en demandant à mes élèves s'il était goujat ou très déprimé.
Et ! mesquinerie inside ! je préfère lire Victor Hugo que Jeanne A. Debats (dont j'ai pas aimé La vieille anglaise et le continent, c'est pour ça), parce que pour ma part, je cherche la beauté, la puissance des mots, et que je me fiche bien de savoir qui les a écrits. Homme ou femme, je veux dire. J'ai pas envie de lire des écrits nazis, quand bien même leur auteur(e) serait hyper talentueu(se). J'espère découvrir d'autres auteures, je trouve effectivement chez elles un autre regard, une autre version des faits. Mais préférer Sagan à Barker, ou Stephen King à Shirley Jackson, sur la base de leur genre, ça n'a aucun sens, pour moi.
Samedi 11 juillet 2020, 22h17
♫ Bah la playlist qui va suivre
Alors voilà : j'ai pensé écrire ce billet, pour des raisons sur lesquelles je vais revenir dans un instant, puis j'ai ouvert YouTube, puis je suis tombée sur la vidéo de Maxwell consacrée aux "groupes de metal/rock/noise les plus dangereux." J'étais seulement arrivée au deuxième, Stalaghh, et je me sentais déjà tellement mal, que rédiger cet article m'a paru nécessaire, juste pour recommencer à respirer.
Parenthèse : Maxwell dit que certaines drogues ont pu ouvrir les portes de la créativité. Pour ma part, je pense que certaines personnes sont si créatives et/ou si instables qu'elles prennent de la drogue pour survivre. Pour moi, Maxwell se trompe de cause et donc de conséquence. Tel qu'il le dit, t'as l'impression que n'importe quel pécore assez audacieux pour prendre du LSD produira une œuvre de génie, et qu'il faudrait éviter parce que le risque de finir à l'HP est trop élevé. Mec. Je crois que ces gens auraient fini à l'HP de toute façon, et toi t'incites juste les gens à "devenir géniaux."
Bref. À l'origine, je repensais assez souvent à un truc que Mal' a dit en commentaire sur le Carnet, comme quoi elle avait mis très longtemps à assumer ses "côtés filles". Ça m'a beaucoup perturbée et je ne sais d'ailleurs toujours pas si j'ai moi-même cette tendance. En revanche, du coup, j'ai envie de partager mes contenus "de fille", qui ne me semblent pas très éloignés des contenus "de mec".
[Mes "côtés fille" sont de très mauvaise qualité. Je veux dire que c'est nul, vraiment, et que j'en ai conscience. Je me demande si c'est pas ça, le fond du problème : qu'en tant que fille, je sois plus apte à admettre que j'écoute et aime des trucs nuls, là où un mec se battra peut-être plus pour que soient reconnus les artistes qu'il aime, parce que ça le "déviriliserait" d'écouter des trucs nuls. Alors que nous, bon... C'est dans notre nature d'aimer des trucs médiocres ou tout du moins, ça s'excuse :)]
La version studio est bien plus audible (et plus juste !) mais je vous mets le live parce que... waw... qu'est-ce que c'est nul, my god !
(j'suis un peu choquée, parce que la rousse fait aussi les vocaux de Chris Pohl. Il est où, Chriiiis ?
Je continue d'adorer Blutengel en partie parce que c'est nul. C'est cliché, maniéré et répétitif dans les thèmes comme dans les orchestrations, et ça me fait rire. Mais ça m'émeut aussi beaucoup. Je trouve leur musique romantique, mélancolique et sensible.
You're the angel you're my queen I'll do everything for you I protect you from the cold You can give me what I need
I'm addicted to your love I'm addicted to this game You give me pleasures give me pain You're the only one I need
You're the master I'm your slave We can reach eternity Please don't ever let me go You know I'm your property
And we're running through the night You're the angel of my dreams From the darkness into light I will follow you
We're searching for a place to hide A silent place for me and you We leave everything behind No one can find us
I love the way you make me feel When you kiss me in the night You know my soul belongs to you And please keep it when you die
I see tears in your eyes But you kiss me with a smile Your skin is cold you close your eyes I can feel you fade away
Blutengel, I will follow
Il est là, mon "côté fille" : j'adore les textes qui parlent d'amour un peu désespéré sur des mélodies dansantes. J'adore que Chris Pohl écrive des chansons dans lesquelles il se présente comme inféodé à une figure féminine inaccessible. Je trouve que ça le rend incroyablement touchant.
C'est impossible de trouver un live audible de cette chanson. Mais les mitaines et les cheveux de Jape (et son col en V !) m'importent autant que son texte, vois-tu.
J'ai écouté cette chanson en boucle et, vingt ans plus tard, je l'aime toujours autant. Le rythme, la voix qui se craquelle dans les aigus, et les cheveux longs de Jape. Évidemment que c'est neuneu. Mais quand j'avais quinze ans, To/die/for, c'était quasiment mes premiers chevelus. Les premiers mecs qui ressemblaient à ce que je cherchais : choupis, sexy, tendres, baraqués. Je tiens pas à ce dernier point, mais je suis émue par les mecs "virils" qui ne le sont pas.
Le clip de Wicked Games étant super sexiste de mon point de vue, je m'en tiendrai là.
Bah, Him, quoi. Même si je me rends bien compte vingt ans plus tard que s'appeler "HIM" c'est méga beauf. En même temps, se faisait appeler "him" le type qui posait comme une pétasse sur la pochette ci-dessus. Donc oui, je l'ai principalement aimé parce qu'il était maquillé et dévêtu. Je tombe toujours amoureuse des mecs efféminés ou qui s'efféminent.
Pas parce que je suis une lesbienne refoulée ! J'aime les filles. Leur voix, leurs hanches, leurs talons (ouais moi aussi j'ai des clichés. Je trouve juste ça méga sexe, les talons. Aussi sur les mecs, justement.) J'aime pas la masculinité virile. Quand j'étais jeune, je me souviens que Julia était super mal à l'aise, chaque fois que je disais que telle fille "n'était pas mon genre." J'ai toujours beaucoup plus regardé les filles que les mecs, mais je m'aime pas trop, moi, j'aime pas trop être une fille au sens où j'ai du mal à trouver beau mon sexe, où je peux même le trouver répugnant, alors bon, aimer les filles, ça s'arrête souvent là. Je saurais pas trop les toucher, je suis supposée savoir quoi faire alors qu'en fait non, je préfère l'étrangeté des mecs. Mais nan, je les aime pas pleins de pec' et de poils. Je les aime maquillés et les cheveux dans la figure.
C'est pour ça qu'un de mes films préférés a toujours été Tout sur ma mère.
Mon côté fille, par ailleurs, se traduit aussi par ma passion pour les meufs badass. Je mets ma main à couper que les mecs aussi aiment les gars qui les font se sentir puissants. Les racailles en sont la preuve.
C'est la raison pour laquelle je mets la plus évidente et non la meilleure - de mon point de vue. Oui, je veux les mêmes cheveux et la même voix.
Spéciale dédicace à mes métalleuses de 5e il y a deux ans !
Say goodbye on a night like this If it's the last thing we ever do You never looked as lost as this Sometimes it doesn't even look like you It goes dark, it goes darker, still Please stay But I watch you like I'm made of stone As you walk away
I'm coming to find you, if it takes me all night A witch hunt for another girl For always and ever is always for you Your trust, the most gorgeously stupid thing I ever cut in the world
[...]
For always and ever is always for you I want it to be perfect, like before
The Cure, A night like this
Je veux des femmes badass et des mecs qui pleurent. Je nous veux tous sur la corde ou en chute libre.
Dans ma tête se jouent des drames romantiques dans lesquels les gens se réconcilient. C'est ma scène préférée, celle avec la musique nostalgique où des gens se pardonnent et se comprennent, dans cet ordre. Et dansent. J'adore voir les gens danser.
Hum. Y compris des slows. J'adore les slows, les sirupeux qui dégoulinent d'hormones adolescentes (d'un autre âge, certes.)
Comme ça :
Ou ça :
Et ce coup de vieux. J'ai l'impression qu'un truc pèse sur mes épaules, physiquement. J'ai trop aimé Jours étranges pour vraiment m'en remettre.
Oui, j'étais amoureuse de Saez. Parce que j'aime les gens - les hommes - qui parlent bien. C'est pour ça que j'ai un crush pour Macron :D
Blague à part, oui, j'ai été une adolescente cliché, et j'ai envie de dire évidemment : les clichés, on ne les invente que pour se foutre de la gueule des gens qu'on ne comprend pas. Mais ils sont - nous sommes - assez nombreux pour perturber les soit-disant Normaux. On ne se foutrait pas de notre gueule si on n'était pas assez nombreux. Personne ne saurait qu'on existe.
Allez, je vous laisse. J'retourne me noyer dans les yeux de Di Caprio.
Ouais, c'est aussi pour mater Kate Winslet, évidemment !